Et si le vrai “retour” de The Cure en 2026 ne se jouait pas sur la nostalgie… mais sur un choix d’ouverture qui dit tout ? Dimanche 21 juin, Robert Smith et les siens ont clôturé Isle Of Wight Festival à Seaclose Park avec un set massif, traversant plusieurs décennies, et un équilibre étonnamment moderne.
Entre classiques imparables, raretés ressorties du placard et clins d’œil pop, le groupe a livré une prestation qui ressemble à un tournant : celui d’une légende qui assume son passé tout en préparant clairement la suite.
Un concert-fleuve, mais une ouverture “nouvelle ère”

Le choix d’ouvrir avec “Alone” (issu de “Songs Of A Lost World”) n’a rien d’anodin. Au lieu de lancer la machine avec un tube, The Cure a installé d’emblée une atmosphère dense, presque cinématographique.
Ce démarrage a agi comme un message : le groupe ne vient pas seulement célébrer son catalogue, il vient rappeler qu’il a encore un présent. Et ce présent a une couleur : sombre, ample, et terriblement maîtrisée.
Pourquoi cette intro a surpris (et convaincu)
Sur un grand festival, le réflexe est souvent d’aller droit au “hit” pour attraper le public. The Cure a fait l’inverse, et ça a fonctionné parce que l’émotion était immédiate.
- Un tempo posé qui laisse la scène respirer au lieu de la saturer.
- Une narration : on entre dans une histoire avant d’attaquer les hymnes.
- Une continuité avec l’actualité du groupe, plutôt qu’un simple best-of.
Le “grand écart” Cure : tubes, deep cuts et surprises pop

Après l’ouverture, la setlist s’est déployée comme un panorama : des titres fédérateurs (“Pictures Of You”, “Lovesong”, “Just Like Heaven”), des morceaux plus abrasifs (“Burn”), et des choix que peu avaient vu venir.
Le détail qui change tout, c’est cette capacité à passer d’une émotion à l’autre sans casser le fil. The Cure n’empile pas des chansons : il construit une courbe, entre mélancolie, tension et lumière.
Les moments qui ont fait basculer la soirée
Dans un set “career-spanning”, certains titres font office de pivots. Ici, plusieurs séquences ont particulièrement marqué, parce qu’elles relient différentes époques du groupe.
- Le triptyque “Push” → “Inbetween Days” → “Just Like Heaven” : l’élan pop-rock à l’état pur.
- “A Forest” : toujours ce morceau qui hypnotise un festival entier.
- “Endsong” : une pièce longue qui donne une dimension presque “finale” à l’ensemble.
Raretés : quand The Cure réactive son côté joueur
Deux titres ont déclenché ce frisson particulier que seuls les fans connaissent : celui du morceau qu’on n’attendait plus. “Mint Car” a notamment refait surface, confirmant que le groupe aime revisiter des périodes parfois sous-estimées.
Autre surprise : “Let’s Go To Bed”, injectée comme une capsule pop, presque insolente, au milieu d’un set plutôt intense. Ce contraste a offert une respiration bienvenue, sans tomber dans la caricature.
Robert Smith : la voix, le son, et cette élégance de survivant
On pourrait parler des cheveux, du maquillage, du personnage. Mais le vrai sujet, c’est la constance. En 2026, Robert Smith reste ce chanteur immédiatement reconnaissable, capable d’un timbre fragile et d’une projection qui traverse les grands espaces.
Musicalement, le groupe a tenu un équilibre délicat : garder le grain “Cure” (chorus, nappes, guitares lumineuses) tout en conservant une précision scénique de headliner. Résultat : un concert qui sonne large, mais jamais brouillon.
Le son festival : un test grandeur nature
Clôturer Isle of Wight, c’est jouer devant un public hétérogène, pas seulement composé d’ultras. Et c’est là que la setlist est intelligente : elle alterne des points d’accroche immédiats et des zones plus profondes.
La fin de set a été pensée comme un sprint émotionnel, avec une série de titres qui mettent tout le monde d’accord, même ceux qui ne connaissent que trois chansons.
La setlist complète : un best-of qui n’en est pas un
Voici la setlist jouée pour cette clôture 2026, telle qu’elle a circulé après le concert. Elle montre à quel point The Cure refuse le simple “top Spotify” et préfère une traversée plus personnelle.
- Alone
- Pictures Of You
- High
- Lovesong
- Burn
- Fascination Street
- A Night Like This
- The Last Day Of Summer
- Push
- Inbetween Days
- Just Like Heaven
- Play For Today
- A Forest
- Trust
- Edge Of Deep Green Sea
- Endsong
- Lullaby
- Wrong Number
- The Walk
- Let’s Go To Bed
- The Lovecats
- Mint Car
- Friday I’m In Love
- Close To Me
- Why Can’t I Be You?
- Boys Don’t Cry
Ce que ce concert “révèle” sur la suite : l’après 2024 est déjà là
Le plus excitant, ce n’est pas seulement ce que The Cure a joué, mais ce que cette prestation laisse entendre. Le groupe serait à un moment charnière : deux albums seraient “terminés”, et un troisième projet plus “poppy” serait en préparation.
Vu sous cet angle, Isle of Wight ressemble à un laboratoire public : tester la cohabitation entre le Cure sombre et le Cure pop, et constater que les deux peuvent encore se nourrir au lieu de s’annuler.
Pourquoi l’idée d’un Cure “plus pop” n’est pas un paradoxe
On réduit souvent The Cure au goth et à la tristesse. Pourtant, leur ADN a toujours inclus la pop, parfois même comme une provocation joyeuse au milieu de l’ombre.
- “Friday I’m In Love” a prouvé depuis longtemps que la lumière fait partie du mythe.
- Des titres comme “The Lovecats” ou “High” montrent une fantaisie assumée.
- Sur scène, ces morceaux créent un contraste qui rend les passages sombres encore plus puissants.
À retenir : une clôture de festival qui sonne comme une déclaration
Ce concert n’a pas seulement “coché les cases” d’une grande date. Il a rappelé pourquoi The Cure est plus qu’un groupe culte : c’est une machine à émotions collectives, capable de rassembler plusieurs générations sur une même ligne de chant.
Et le plus stimulant, c’est ce sentiment rare : on ne regarde pas une légende terminer sa carrière, on regarde une légende ouvrir un nouveau chapitre. La raison surprenante ? The Cure n’a pas cherché à être “moderne”. Il a simplement été The Cure, sans compromis.
Les 3 phrases qui résument l’esprit de la soirée
1) Commencer par “Alone”, c’est choisir le présent avant le passé.
2) Glisser “Mint Car” et “Let’s Go To Bed”, c’est refuser la setlist automatique.
3) Finir par “Boys Don’t Cry”, c’est rappeler que l’hymne reste intact.