Et si le son de Judas Priest venait de perdre sa colonne vertébrale sans qu’on s’en rende compte tout de suite ? La nouvelle est tombée comme un riff sec: Ian Hill, bassiste historique, prend sa retraite avec effet immédiat. Et derrière la formule polie, y a un truc très humain, très dur: la douleur qui gagne.
On parle d’un musicien qui a tenu la baraque depuis les débuts, et qui dit stop au moment précis où il sent que ça va se voir sur scène. C’est à la fois classe, et franchement triste.
Un départ brutal, et une raison qui glace

Le mot qui revient, c’est arthrite. Pas une gêne vague, pas un « petit souci ». Ian Hill explique que c’est en stade avancé, avec des zones touchées qui font peur rien qu’à les lire: épaule gauche, main droite, épaule droite et les deux genoux.
Le plus marquant, c’est sa logique: il a longtemps répondu « je continue tant que mes performances ne souffrent pas ». Et là, il le dit cash: ce moment est arrivé. C’est le genre de phrase qui claque, parce qu’on comprend ce que ça coûte de l’écrire.
Ce que la scène a révélé (et le détail qui change tout)
La bascule ne vient pas d’une interview promo ou d’un simple contrôle médical. Elle vient d’un enchaînement très concret en tournée: un tendon qui lâche, un bras qui ne monte plus, et d’un coup, le manche de la basse devient une montagne.
Selon le récit, le déclic se joue autour d’un incident sérieux sur scène: tendon “snap” à l’épaule gauche, juste avant les rappels, après un show à Bruxelles, puis l’impossibilité d’assurer normalement à Londres. Là, tu comprends que c’est plus une question de volonté.
- Douleurs chroniques gérées avec pilules, gels, puis injections de cortisone.
- Zones atteintes multiples, donc pas de compensation simple.
- Risque en tournée: chaque soir peut empirer la situation.
- Choix d’intégrité: partir avant de « jouer diminué » devant le public.
Judas Priest sans Ian Hill, ça veut dire quoi, exactement ?
On a tendance à parler des chanteurs et des guitar heroes. Mais Ian Hill, c’est le socle. Un bassiste qui n’a jamais cherché à voler la lumière, et c’est précisément pour ça que son absence va s’entendre.
Ce départ a aussi une portée symbolique énorme: il ne resterait plus que Rob Halford comme survivant de l’époque du tout premier album studio Rocka Rolla (1974). Oui, ça pique. Un groupe peut continuer, bien sûr. Mais une ère se referme, et personne ne peut faire comme si de rien n’était.
Un CV qui résume l’histoire du heavy metal britannique
Hill, né à West Bromwich (1952), rejoint Judas Priest au tout début, avec son ami d’école K.K. Downing. Et là, c’est simple: il a joué sur tous les albums du groupe jusqu’à aujourd’hui. Pas « presque tous ». Tous.
Quand tu alignes les titres, tu vois le poids du truc: Sad Wings Of Destiny (1976), Stained Class (1978), British Steel (1980), Screaming For Vengeance (1983). C’est la charpente d’un genre.
- 1970: entrée dans Judas Priest.
- 1974: premier album, début de la légende.
- Années 1976-1983: période d’albums qui définissent le metal moderne.
- 1985: performance marquante à Live Aid, vitrine mondiale.
Le remplacement est déjà acté: Davey Rimmer, choix malin (et pas juste un “dépannage”)
La transition aurait pu être chaotique. Là, Judas Priest a joué la sécurité. Davey Rimmer (Uriah Heep) est confirmé pour prendre la basse, et ce n’est pas tombé du ciel: il avait déjà été sollicité pour apprendre la setlist en cas de pépin.
Et y a un détail qui rend le casting logique: Rimmer joue aussi aux côtés de Richie Faulkner dans Elegant Weapons. Donc, musicalement et humainement, la greffe a plus de chances de prendre vite. Pas besoin de six mois de rodage pour se comprendre.
Pourquoi ce choix rassure les fans (même ceux qui râlent)
Remplacer un membre historique, ça fait toujours hurler une partie du public. Mais là, on parle d’un bassiste habitué aux grosses scènes, au classic rock lourd, à la discipline de tournée. Ça compte.
Et surtout, le groupe ne vend pas ça comme « le nouveau Ian Hill ». Bonne idée. Personne n’y croirait. L’approche, c’est plutôt: on respecte l’histoire, et on continue à faire tourner la machine sans trahir l’esprit.
Le point qui surprend: Ian Hill a quand même enregistré pour le prochain album
Ce n’est pas un départ sur une note inachevée. Hill indique avoir posé des lignes de basse pour le 20e album studio de Judas Priest. Et ça, c’est énorme, parce que ça lui donne une forme de sortie artistique, un dernier mot au disque.
Je trouve ça beau, presque à l’ancienne: terminer le travail en studio, puis accepter que la scène, elle, demande un corps qui suit. Beaucoup auraient insisté, pour l’ego ou pour « ne pas lâcher ». Lui, non.
Ce que ça implique pour la suite
Deux scénarios sont crédibles. Soit Rimmer jouera live uniquement, et l’album gardera la patte Hill jusqu’au bout. Soit le groupe ajustera au fil de la production si certains morceaux doivent être retouchés. Mais la ligne est déjà posée: Hill fait partie du disque, quoi qu’il arrive.
Ce départ remet un sujet sur la table: vieillir dans le metal, c’est pas un slogan
On fantasme souvent le metal comme un sport de combat éternel. La réalité, c’est des tendons, des articulations, des nerfs, des nuits trop courtes dans des bus, et des morceaux qui exigent une précision chirurgicale. La basse, c’est répétitif, lourd, et ça ne pardonne pas quand l’épaule dit non.
Et franchement, le courage ici, ce n’est pas de serrer les dents une tournée de plus. Le courage, c’est de dire: je m’arrête avant de vous décevoir. Ça demande une lucidité rare chez les artistes qui ont passé cinquante ans à ne jamais manquer un rendez-vous.
Ce que je retiens, personnellement
Ian Hill n’a jamais été le plus médiatisé. Mais il a été le plus constant. C’est souvent comme ça dans les groupes qui durent: celui qui tient le tempo, l’humeur, la fiabilité, c’est aussi celui dont l’absence change tout, même si on n’arrive pas à le décrire en deux mots.
Le public va scruter les prochains concerts, comparer les sons, refaire l’histoire. Normal. Mais si on est honnête, le vrai respect, là, c’est de lui souhaiter une retraite où la douleur baisse enfin. Pas juste des applaudissements.