Qui annonce un triple album en le jouant d’un coup, sans prévenir, dans l’une des salles les plus mythiques des États-Unis ? Big Thief vient de le faire à Nashville, et franchement, ça ressemble à un tournant plus qu’à un simple “coucou, on a des nouvelles chansons”.
Samedi 22 août 2026, au Ryman Auditorium, le trio new-yorkais a déroulé « Horsepower », un disque en trois volets, avec une brochette d’invités qui fait lever un sourcil même aux vieux briscards de l’americana.
Un show pensé comme un manifeste, pas comme une promo

Le détail qui change tout, c’est que Big Thief n’a pas “testé” deux ou trois titres. Ils ont joué l’album entier, en mode grand format, avec une narration de concert qui casse les habitudes.
Adrianne Lenker l’a dit sur scène, l’idée était simple et radicale : ce soir, oubliez vos attentes. Si vous veniez pour les chansons “que vous connaissez”, il fallait accepter de lâcher prise.
Deux sets, un entracte, et l’ordre qui saute
Le groupe a annoncé que « Horsepower » ne serait pas joué dans l’ordre. C’est un choix de musicien, pas un gadget. Ça permet de faire respirer les climats, de créer des pics d’émotion, et de garder la salle en alerte.
Et oui, il y a eu deux parties avec entracte. On est plus proche d’un film en chapitres que d’un concert classique “enchaîne les singles et merci bonsoir”.
- Album joué en intégralité (mais non séquencé)
- Deux sets avec intermission
- Une intention claire : faire vivre le disque avant sa sortie
Le Ryman, ce choix n’a rien d’innocent
Le Ryman Auditorium, c’est un lieu qui te met face à la musique. L’acoustique est directe, la salle est chargée d’histoire, et le public vient écouter, pas “consommer un moment”. Pour un projet aussi ambitieux, c’était l’endroit parfait.
On parle d’une salle associée à l’americana et au folk depuis des décennies. Et Big Thief, sans se déguiser, vient y planter son drapeau.
Les invités et les musiciens, l’americana version Big Thief

La surprise la plus savoureuse, c’est le casting. Sur scène, Big Thief a été rejoint par Lucinda Williams, Gillian Welch et Iris DeMent. Trois noms, trois univers, et une même idée, quand elles chantent, ça ne triche pas.
Le truc, c’est que ces présences ne sonnent pas comme un “feat” marketing. Ça ressemble plutôt à une session Nashville à l’ancienne, avec des gens qui se respectent et qui se retrouvent autour de chansons.
Une vraie formation de studio, assumée sur scène
Big Thief, c’est Adrianne Lenker, Buck Meek, James Krivchenia. Mais à Nashville, le trio s’est entouré du groupe élargi qui a participé à la création de l’album. Là aussi, c’est un message : ce disque a été pensé en collectif.
- Russ Pahl (pedal steel, guitare)
- Greg Leisz (pedal steel, guitare)
- Hannah Read (fiddle)
- Richard Bowden (fiddle)
- Zosha Warpeha (fiddle)
Le pedal steel, les fiddles, cette couleur, ça peut vite tourner au cliché “country chic”. Ici, non. Big Thief garde son nerf, ses angles, sa façon de laisser les mots gratter là où ça fait mal.
Une naissance à Nashville, en mai
Lenker a aussi glissé une info très concrète : l’album a été enregistré à Nashville en mai dernier. Et ça s’entend déjà dans ce qu’on imagine de l’orchestration, plus ample, plus texturée, sans perdre l’intimité qui fait leur force.
Après « Double Infinity » (sorti l’an dernier), le groupe avait teasé un “prochain album” « pas du tout comme vous l’attendez ». Là, on commence à voir pourquoi.
29 titres, et une setlist qui raconte déjà quelque chose
« Horsepower » compterait 29 chansons. C’est massif. Mais Big Thief n’est pas du genre à remplir pour remplir. Quand ils empilent les titres, c’est souvent parce qu’ils suivent un flux, un carnet, une période de création très dense.
Ce qui est malin, c’est que certains morceaux ne sont pas inconnus des fans hardcore. Ils ont déjà circulé sur scène, comme des chansons en chantier, et là elles reviennent dans un cadre qui les transforme.
Les titres déjà familiers, et celui qui surprend
On retrouve des noms qui circulent depuis un moment, comme « Horsepower », « Happiness », « Baby Honey Sweet Darlin’ », « Muscle Memory » ou l’improbable « Spatchcock Chickenshit Bingo » (rien que le titre, tu sais que ça ne vient pas d’un label qui pense en tableurs).
Et puis il y a « Sadness Is a Gift », déjà connue via le répertoire solo de Lenker (sur « Bright Future »). La réinscrire ici, c’est presque un clin d’œil : les frontières entre Big Thief et la création personnelle de Lenker sont poreuses, et c’est ça qui rend leur discographie vivante.
La setlist jouée au Ryman (ordre du soir)
Filmer était interdit, mais une setlist a circulé. Voilà ce qui a été joué ce soir-là :
- « Horsepower »
- « Baby Honey Sweetheart Darlin’ »
- « Wait a While »
- « Space and Time »
- « 21 »
- « Casual Touch »
- « Muscle Memory »
- « Highway »
- « Stay »
- « Carry »
- « Sadness as a Gift »
- « True Love »
- « Where Will We Go »
- « Beautiful World »
- « Faker »
- « Loneliest Boy »
- « Happiness »
- « Oldest »
- « Bright Future »
- « Beautiful Powerful »
- « Avalanche, Hurricane »
- « Snail »
- « Spatchcock Chickenshit Bingo »
- « Trade Tomorrow »
- « 6-7-8-9 She’s Fine »
- « These Are the Days »
- « No Matter What »
- « Born For Loving You »
- « Gift Pleasure Joy »
Tu lis ça, tu vois déjà le tableau : des titres tendres, des titres bizarres, des titres qui ressemblent à des notes de carnet. Big Thief, c’est souvent là que ça commence, une phrase, une image, puis une chanson qui s’accroche.
Un film de concert est dans les tuyaux, et ça change la stratégie
Autre info qui fait monter la curiosité : plusieurs caméras filmaient toute la soirée. On parle d’un concert film annoncé, mais sans date ni plateforme confirmées pour l’instant.
Et je trouve ça cohérent. Un triple album, ça peut intimider. Un film, c’est une porte d’entrée beaucoup plus “sensorielle”. Tu vois les regards, les silences, les transitions. Et tu comprends la logique du projet.
Sortie de l’album, la rumeur “printemps 2027”
Le groupe n’a pas officialisé la date de sortie de « Horsepower ». Mais des fans présents ont rapporté qu’une mention de « spring 2027 » aurait été lâchée dans la salle. À prendre avec des pincettes, évidemment.
Ce qui est sûr, c’est que Big Thief joue sur un tempo à eux. Pas d’annonce calibrée, pas de compte à rebours TikTok. Juste une soirée événement, dans une salle qui compte, et une impression persistante : ce disque est déjà réel.
Pourquoi ce coup de théâtre marche aussi bien
Parce que ça parle à une fatigue qu’on ressent tous. Les sorties d’albums “optimisées” sont devenues prévisibles. Ici, Big Thief fait l’inverse : ils créent une histoire que tu racontes le lendemain.
Et surtout, ils prennent un risque. Jouer un album entier inconnu, c’est accepter de perdre une partie du public, sur le moment. S’ils le font, c’est qu’ils savent que la musique tient debout sans béquilles.
- Événement rare : un album entier révélé live
- Prestige : Ryman Auditorium, Nashville
- Transmission : film en préparation
- Ambition : triple album, 29 titres
Maintenant, la question est simple. Quand « Horsepower » sortira vraiment, est-ce qu’on aura l’impression de découvrir un album, ou de retrouver une nuit dont tout le monde parle déjà ?