Et si le punk new-yorkais n’avait jamais sonné pareil sans un gars de Cleveland ? La disparition de Cheetah Chrome, guitariste des Dead Boys et de Rocket From the Tombs, à 71 ans, laisse un trou très concret, celui du riff sale, direct, qui te colle au mur sans demander la permission.
La nouvelle a été confirmée par les Dead Boys via Instagram. Aucune cause n’a été rendue publique, et je respecte ça. Par contre, impossible de faire comme si ce n’était “qu’un musicien de plus”. Cheetah, c’était une manière de jouer, une façon d’attaquer les cordes qui a contaminé des générations.
Un décès, et tout un langage de guitare qui remonte

Quand les Dead Boys écrivent que Cheetah était « un architecte du mouvement punk-rock », ce n’est pas une formule pour faire joli. On parle d’un guitariste qui a mis en place un vocabulaire, tranchant, nerveux, parfois presque bancal, mais toujours vivant. Le genre de son qui te rappelle que le rock vient de la rue, pas d’un tableur.
Le groupe a aussi insisté sur un point que j’aime entendre dans ce milieu: au-delà du chaos scénique, il était “un type adorable qui aimait le rock’n’roll”. Ça compte. Parce que le punk, au fond, c’est aussi une communauté, même quand elle se bagarre.
Ce que Cheetah Chrome a apporté, concrètement
On réduit souvent le punk à une vitesse et à une attitude. Erreur. Le détail qui change tout, c’est l’attaque. Cheetah jouait comme si chaque accord devait te réveiller, pas te caresser.
- Des riffs simples, mais martelés avec une urgence qui fait grimacer.
- Un son abrasif, pas “propre”, et franchement c’est ça qu’on veut.
- Une énergie scénique qui a aidé à fixer le standard du “ça déborde”.
- Un pont Cleveland, New York, proto-punk chez lui, punk au CBGB.
Le résultat, tu l’entends en deux secondes sur les Dead Boys. C’est agressif, oui, mais c’est surtout accrocheur. Ça siffle dans la tête comme une insulte bien écrite.
De Cleveland au CBGB, la trajectoire qui a tout déclenché

Petit rappel qui fait du bien: Cheetah Chrome est né Eugene Richard O’Connor, à Cleveland. Et Cleveland, au milieu des années 70, ce n’était pas un décor. C’était une usine à groupes nerveux, un terrain parfait pour des types qui en avaient marre des solos interminables et des poses de rock star.
À l’automne 1974, il rejoint Rocket From the Tombs. Ceux qui ne connaissent pas: c’est un des laboratoires du son punk américain, avec une réputation énorme pour une carrière courte. En 1975, le groupe joue notamment avec Television et Patti Smith au Piccadilly, à Cleveland. Puis séparation, concert d’adieu en août. Rapide. Décisif.
Rocket From the Tombs: la légende avant la légende
Ce qui me fascine, c’est cette idée d’un groupe qui “n’a pas duré” mais qui a quand même posé des rails. Des critiques comme Lester Bangs les ont décrits comme un groupe underground déjà mythique. Et quand Rolling Stone parle de chansons “dures et explicites”, ça te situe l’ambiance: pas de romantisme, pas de détour, juste la rage et la lucidité.
Cheetah, là-dedans, n’était pas un décorateur. Il était une force de frappe. Pas forcément le plus bavard, mais le riff, lui, parlait très fort.
Dead Boys: New York, la sueur et les murs du CBGB
Après Rocket, il cofonde les Dead Boys avec Stiv Bators et compagnie. Direction New York. Et là, on arrête de parler “proto” pour parler d’un groupe qui a mis le feu au quotidien du punk.
Deux disques suffisent pour comprendre le mythe: Young, Loud and Snotty (1977) puis We Have Come for Your Children (1978). Le CBGB devient un point d’ancrage. Salle souvent pleine, réputation de groupe ingérable, et cette sensation que tout peut dérailler, donc tout peut arriver.
- 1977: premier album, un tir en pleine poitrine.
- 1978: deuxième album, plus maîtrisé, toujours dangereux.
- 1979: séparation, mais l’empreinte reste collée aux semelles.
Après l’arrêt des Dead Boys, Cheetah continue à New York, avec des groupes comme les Stilettos et sa formation Cheetah Chrome and the Casualties. Un truc à retenir: il n’a jamais “quitté” la musique. Il a continué à jouer, parce que c’est ce qu’il savait faire, et parce que c’était sa place.
Pourquoi sa disparition touche autant les fans, même en 2026
On vit une époque où le punk est partout et nulle part. Partout dans les t-shirts, nulle part dans le risque. Cheetah Chrome, lui, représentait une époque où le son n’était pas filtré, pas domestiqué. Ça rend sa mort plus piquante, parce que ça rappelle ce qu’on a perdu en route.
Et puis, y a cette vérité simple: la guitare punk, quand elle est bien jouée, ressemble à une conversation violente. Ça coupe, ça répond, ça s’acharne. Cheetah avait ce langage.
Ses collaborations, le détail que beaucoup zappent
On l’enferme parfois dans “guitariste punk”. Alors oui, bien sûr. Mais il a aussi joué aux côtés de gens venus d’autres coins du rock, ce qui dit quelque chose de son sérieux musical.
- Ronnie Spector: participation au premier album solo, Siren. Pas exactement la même planète, et pourtant ça fonctionne.
- Sylvain Sylvain: un lien naturel avec l’esprit New York Dolls, la rue, le style, l’électricité.
Le point commun, c’est l’instinct. Pas le perfectionnisme. L’instinct.
3 morceaux à relancer ce soir (et pourquoi)
Je ne vais pas te faire une playlist de musée. L’idée, c’est de réécouter pour entendre le jeu, pas juste “le groupe”. Mets ça fort, et écoute la guitare comme tu écouterais une voix.
- Un titre de l’ère “Young, Loud and Snotty”: pour la nervosité brute, les angles, le côté “on fonce”.
- Un titre de “We Have Come for Your Children”: pour sentir la différence, plus de contrôle, mais toujours la lame.
- Un live du CBGB: parce que c’est là que le son prend sa vraie forme, au milieu du bruit, des cris, des erreurs, et c’est parfait.
Ce qu’il laisse, au-delà des albums
Un guitariste comme Cheetah Chrome ne “laisse” pas seulement des disques. Il laisse une permission. La permission de jouer sans demander pardon, de faire moche si c’est sincère, d’être trop fort, trop sec, trop frontal.
Les Dead Boys parlent d’une musique qui continuera d’inspirer. Je signe. Parce qu’à chaque fois qu’un gamin branche une guitare et cherche un son qui griffe, y a un peu de Cheetah dans la pièce.