Pourquoi personne ne parle du vrai choc de Lollapalooza 2026 ? Pas les flammes, pas les écrans géants, pas les effets. Le truc, c’est ce mélange improbable, presque insolent, entre une légende alternative de Chicago et trois invités qui racontent l’époque mieux que n’importe quel discours.

Le 31 juillet 2026, The Smashing Pumpkins a repris le contrôle de sa ville sur la Bud Light Stage. Et au lieu d’un best-of bien rangé, Billy Corgan a choisi l’option la plus risquée, donc la meilleure : ouvrir des portes, faire entrer du présent dans l’ADN des années 90.

Le “retour à la maison” des Pumpkins, version 2026

Chicago n’oublie rien. Surtout pas quand un groupe du coin revient en tête d’affiche après une absence qui pique un peu. Les Pumpkins n’avaient pas rejoué à Lollapalooza depuis leur passage sur l’édition itinérante de 1994. Autant dire une autre planète, MTV, les magazines papier et les T-shirts trop larges.

Cette fois, c’était plus net, plus frontal. 17 titres, un set pensé pour frapper vite et rester longtemps dans la tête. Les classiques ont évidemment fait le job, mais ce n’est pas ça qui a retourné le public. Ce sont les invités, et surtout ce qu’ils symbolisent.

Une setlist qui ne joue pas la sécurité

On a eu les gros morceaux, oui. Mais aussi des choix qui sentent la volonté de raconter une histoire, pas juste d’empiler des tubes. Et ça, franchement, ça fait du bien sur une headline de festival, où trop de groupes finissent par jouer “comme sur Spotify”.

  • Ouverture immédiate avec “1979”, le genre d’entrée qui met tout le monde d’accord en 10 secondes.
  • Alternance entre hymnes (“Today”, “Tonight, Tonight”) et titres plus abrasifs (“Zero”, “The Everlasting Gaze”).
  • Un passage acoustique qui casse la tension au bon moment, pile quand il fallait respirer.

Trois invités, trois symboles, une seule claque

rock band live performance

Ce qui est fort, ce n’est pas juste “ils ont invité des stars”. C’est le casting. Chaque apparition raconte un pont différent entre générations, styles et histoires personnelles. Et ça, ça se sent dans la foule, même si t’es placé loin, même si tu connais mal la discographie.

Yungblud sur “Luna” : le fan qui prend la place

Premier moment de bascule : Yungblud débarque sur “Luna”, pépite de 1993 (album “Siamese Dream”). Lui avait déjà joué plus tôt dans la journée. Là, il revient en mode gamin surexcité, et il le dit sans filtre : “This is a fucking dream come true!

Le détail qui change tout, c’est que ça sonne crédible. On n’est pas sur une opération “feat” calibrée. Yungblud, c’est ce public qui a grandi avec des playlists où les Pumpkins côtoient le punk-pop et le rock TikTok. Il incarne le passage de relais, sans demander la permission.

Olivia Rodrigo sur “Thirty-Three” : la surprise calme, mais dévastatrice

Deuxième choc, plus silencieux, plus émotionnel : Billy Corgan annonce “Miss Olivia Rodrigo”. Elle arrive et chante “Thirty-Three” (1995, “Mellon Collie And The Infinite Sadness”), pendant que Corgan passe à la guitare acoustique.

Et là, y a un truc qui se passe. La chanson devient autre chose. Olivia Rodrigo n’essaie pas de “faire Pumpkins”. Elle apporte sa fragilité pop, sa manière très 2020s de chanter la mélancolie sans la surjouer. Résultat : un morceau des années 90 qui ressemble à une sortie de 2026.

Petit rappel qui rend la scène encore plus savoureuse : Rodrigo a déjà le réflexe des surprises à Lollapalooza. L’an dernier à Chicago, elle avait fait venir Weezer pour “Buddy Holly” et “Say It Ain’t So”. Elle sait exactement ce que le public veut, mais elle le sert avec un angle.

Melissa Auf der Maur sur “The Everlasting Gaze” : la mémoire vivante du groupe

Troisième invité, et pas le moindre : Melissa Auf der Maur, ex-bassiste de tournée des Pumpkins (1999-2000), revient pour le final “The Everlasting Gaze” (2000, “Machina/The Machines Of God”).

Ce n’est pas juste “la nostalgie”. C’est un rappel que le groupe a eu plusieurs vies, plusieurs formations, et que certaines périodes ont été sous-estimées. Auf der Maur, c’est aussi l’idée qu’on peut revenir après une longue absence sans faire semblant. Elle avait déjà rejoué avec eux après 24 ans (en 2024), et elle a récemment annoncé du nouveau après 16 ans sans musique. Rien que ça.

Ce que ce concert raconte (au-delà du buzz)

Oui, les vidéos circulent partout. Oui, ça fait des vues. Mais réduire ça à un “moment viral” serait passer à côté du vrai sujet : les festivals deviennent des lieux de transmission, pas seulement des vitrines.

Les Pumpkins ont joué sur un terrain dangereux : inviter des artistes ultra exposés, avec des fanbases parfois très éloignées du rock alternatif pur. Sauf que ça marche, parce que les titres choisis ne sont pas des gadgets. “Luna”, “Thirty-Three”, “The Everlasting Gaze”, ce sont des chansons avec une identité forte. Les invités ont dû s’y adapter, pas l’inverse.

Pourquoi ce choix d’invités est plus malin qu’il n’y paraît

  • Yungblud représente l’énergie, le chaos assumé, l’héritage “Siamese Dream” revendiqué.
  • Olivia Rodrigo apporte la preuve qu’une grande pop star peut servir une chanson rock 90s sans la lisser.
  • Melissa Auf der Maur incarne la continuité, la mémoire, et une forme de réhabilitation d’une époque “Machina”.

La setlist complète : 17 titres, zéro temps mort

Pour les maniaques de setlists (je vous vois), voici la liste jouée à Chicago. Et oui, ça commence fort et ça finit encore plus fort.

  • “1979”
  • “Bullet With Butterfly Wings”
  • “Today”
  • “Edin”
  • “Disarm”
  • “Luna” (avec Yungblud)
  • “Porcelina Of The Vast Oceans”
  • “Jellybelly”
  • “Tonight, Tonight”
  • “Pentagrams”
  • “Thirty-Three” (avec Olivia Rodrigo)
  • “Ava Adore”
  • “War Dreams Of Itself”
  • “Mayonaise”
  • “Cherub Rock”
  • “Zero”
  • “The Everlasting Gaze” (avec Melissa Auf der Maur)

Et maintenant, on fait quoi de ce moment

Si tu devais retenir un seul truc, c’est celui-là : The Smashing Pumpkins vient de prouver qu’un groupe “historique” peut redevenir imprévisible. Pas en jouant plus fort, pas en courant après la tendance, mais en assumant un dialogue frontal avec la génération d’après.

Et Billy Corgan, qu’on adore ou qu’on discute, sait mettre en scène ces chocs culturels. D’ailleurs, il continue de cultiver ce côté “à contre-courant” avec ses projets parallèles, dont son podcast “The Magnificent Others”, et ses relectures ambitieuses autour de “Mellon Collie”. Il ne cherche pas à être aimé de tout le monde. Ça tombe bien, c’est souvent comme ça qu’on marque l’histoire.

Ce concert, c’est une photo très nette de 2026. Les frontières de genre fondent. Les idoles se croisent. Et quand c’est fait avec goût, ça ne trahit personne.