Ce que personne n’avait pas vu venir, c’est que la disparition d’un musicien de l’ombre allait rouvrir l’un des chapitres les plus sensibles de l’histoire de Billy Joel. Pas un “feat” prestigieux, pas un comeback, juste un nom que les fans de la première heure connaissent, Jon Small.

Billy Joel vient d’annoncer sa mort via un hommage bref, comme on le fait quand les mots coincent. L’âge et la cause du décès n’ont pas été rendus publics au moment de la publication. Et forcément, ça remue: parce que Small, ce n’était pas “juste” un ex-collègue. C’était le complice des débuts, le gars avec qui tout a commencé, puis le gars avec qui tout s’est cassé.

Un duo de départ, puis une faille intime

The entertainer billy joel New Zealand side A
Public domain — CBS Records

On parle souvent de Billy Joel comme du Piano Man qui a rempli des stades. Mais avant les projecteurs, y avait la sueur des clubs, les amplis capricieux, et deux gamins de Long Island obsédés par l’idée d’aller plus loin. Jon Small est de ceux-là.

Small et Joel ont d’abord joué ensemble dans The Hassles dans les années 1960. Ensuite, ils ont tenté un virage plus lourd avec Attila, un projet hard rock qui reste un ovni dans la discographie “satellite” de Joel.

Les Hassles, Attila: quand Joel n’était pas encore “Joel”

Le truc fascinant, c’est le contraste. Dans l’imaginaire collectif, Billy Joel c’est les mélodies nettes, l’écriture pop qui pique juste où il faut. Or avec Attila, on est sur autre chose, plus brut, plus frontal, presque un test grandeur nature.

Attila sort un album en 1970, et derrière ce disque, l’histoire humaine déraille. Pas à cause d’un désaccord artistique. À cause d’un triangle émotionnel.

Le détail qui change tout: Elizabeth Weber

À l’époque, Billy Joel vit chez Jon Small et sa femme, Elizabeth Weber. Et c’est là que l’amitié se fissure: Joel tombe amoureux d’elle. Pas une rumeur de coulisses, pas une légende inventée après coup. L’épisode est raconté, décortiqué, assumé.

Dans le documentaire récent And So It Goes, Jon Small résume le choc avec une phrase qui claque, parce qu’elle sonne vraie: « Je suis amoureux de ta femme », c’est ce que Joel lui aurait dit. Small parle d’un moment “dévastateur”, et franchement on comprend pourquoi. Ce n’est pas une trahison lointaine, c’est un incendie dans le salon.

  • Conséquence immédiate: la séparation d’Attila.
  • Conséquence personnelle: la fin (temporaire) d’une amitié centrale.
  • Conséquence concrète: Joel quitte la maison, le groupe et l’équilibre.

Billy Joel, lui, décrit la culpabilité sans se défausser. Il dit s’être senti “briseur de ménage”, rappelle qu’il y avait un enfant, et raconte aussi avoir reçu un coup de poing dans le nez, “mérité”. Ça, c’est une confession qui reste. Parce qu’elle n’essaie pas de faire joli.

Ce que cette histoire dit vraiment de Billy Joel

The entertainer billy joel New Zealand side A
Public domain — CBS Records

Si cette disparition fait autant parler, c’est parce qu’elle ramène une question simple: comment on survit à ça, artistiquement et humainement. Beaucoup de groupes explosent pour moins que ça. Là, ça a explosé… puis ça s’est recousu.

Et c’est là que je prends parti: ce qui rend cette histoire forte, ce n’est pas le scandale. C’est la capacité, rare, de revenir l’un vers l’autre après avoir touché le fond.

La réconciliation: pas un happy end, un vrai choix

Dans And So It Goes, Small avance une explication étonnamment tendre. Il dit, en substance, que Joel l’a peut-être si mal vécu parce qu’il l’aimait profondément, et que le fait de lui faire du mal le détruisait aussi. C’est une lecture qui ne cherche pas à excuser. Elle cherche à comprendre.

Small dit aussi qu’il a fini par lui pardonner. Et ce mot, “pardonner”, pèse lourd. Parce qu’il ne vient pas d’un communiqué de presse. Il vient de quelqu’un qui a encaissé.

Elizabeth Weber, de l’orage au mariage

Après l’explosion, Joel et Weber finissent par se retrouver et se marier. Leur union dure de 1973 à 1982. Là encore, pas besoin de roman: les dates suffisent à montrer que ce n’était pas une passade de tournée.

Quand on réécoute certaines chansons de Joel avec ça en tête, on entend autre chose. Pas une “explication” des morceaux, plutôt une texture. Un goût de faute et de désir, et parfois ce petit tremblement dans la voix qui dit “j’ai payé le prix”.

Jon Small, l’ombre utile derrière la légende

On pourrait s’arrêter à la période Hassles et Attila. Ce serait injuste. Parce que Jon Small n’a pas disparu de la vie de Joel pour toujours, et il n’a pas disparu de la musique non plus.

Après leur réconciliation, Small travaille sur des films de concert liés à Billy Joel, notamment Live From Long Island et Live at Shea Stadium. Il réalise aussi le clip de « Baby Grand ». Ce n’est pas anecdotique: ça dit une confiance retrouvée.

Une carrière de réalisateur de clips, loin des projecteurs

Small a également signé des clips pour des noms grand public, avec des univers très différents. Reba McEntire, Enrique Iglesias, Brooks & Dunn… ce n’est pas la même planète musicale, et c’est justement ça qui montre son adaptabilité.

  • Musicien des débuts: compagnon de route dans The Hassles et Attila.
  • Artisan de l’image: travail sur des films de concert et réalisation de clips.
  • Profil caméléon: capable de passer du rock au mainstream sans posture.

Ce parcours-là, on le raconte rarement. Pourtant, c’est le quotidien de beaucoup de talents: être essentiel à un moment précis, puis continuer ailleurs, différemment, sans le bruit médiatique.

Pourquoi l’annonce de Billy Joel touche autant en 2026

La révélation n’est pas seulement “un ancien partenaire est mort”. C’est le rappel que les grandes carrières sont faites de petits drames très réels. Des drames qui laissent des cicatrices, et parfois des ponts.

La mort de Jon Small remet aussi une lumière sur ce qu’on oublie vite: les débuts. Avant Madison Square Garden, avant les best-of, avant les chiffres, y a des amitiés. Et parfois, ces amitiés prennent des coups que personne ne souhaiterait à son pire ennemi.

Ce qu’on retient, si on est fan (et un peu humain)

Je n’ai pas envie de romantiser la trahison. Mais je refuse aussi de réduire cette histoire à un “people drama”. Ce qui reste, c’est le fait qu’ils aient réussi à retravailler ensemble après l’impensable. Et ça, dans la vraie vie, c’est rare.

Le message de Joel, même court, sonne comme un dernier geste de reconnaissance. Pas besoin d’en faire des tonnes. Parfois, l’essentiel tient en quelques lignes, surtout quand tout le reste remonte d’un coup.