Ce que personne n’avait vu venir, c’est qu’en 2026 on allait encore tomber sur du Bowie “neuf” enregistré quand il s’appelait Davie Jones. Et pas un fond de tiroir poussiéreux, non. Un vrai chapitre, documenté, contextualisé, avec des musiciens qui deviendront énormes.
Parlophone vient d’annoncer “David Bowie: The Shel Talmy Recordings”, une compilation d’enregistrements de 1965, produite par Shel Talmy. Sortie prévue le 18 septembre. Et le détail qui change tout, c’est la présence de 10 titres jamais publiés, dont un premier extrait déjà dispo.
Un Londres 1965 en plein courant d’air

On a tendance à relire Bowie à l’envers, comme si tout menait forcément à “Ziggy Stardust”. Franchement, c’est une erreur. En 1965, Londres bouillonne, les groupes se montent et se démontent à la semaine, et Davie Jones cherche sa place avec une ambition qui se sent déjà.
Ces sessions capturent exactement ça, un gamin qui bosse, qui teste des voix, des poses, des styles. Pas encore l’extraterrestre glam, plutôt un jeune Londonien qui veut décrocher un hit et qui se frotte à des pros du studio.
Shel Talmy, le producteur qui savait faire sonner les guitares
Si ce projet excite autant, c’est parce que Shel Talmy n’est pas un nom “collector” pour initiés. C’est le type derrière des morceaux qui ont défini une époque, notamment chez The Who et The Kinks.
Avec Talmy, pas de flou artistique. Il cherche l’efficacité, l’impact, un son qui claque sur un 45 tours. Et entendre Bowie se frotter à cette méthode, c’est hyper révélateur, on comprend d’où vient son obsession du studio.
Davie Jones, avant le mythe
L’album est présenté comme la collection la plus complète des chansons enregistrées avant que David Bowie ne devienne officiellement Bowie. On est sur une période où il enregistre avec Davie Jones & The Lower Third, mais aussi des démos solo pilotées par Talmy.
Ça raconte une vérité simple, Bowie n’est pas “apparu” en 1972. Il s’est construit à la dure, dans les studios, en apprenant à écrire court, à vendre une mélodie, à poser une voix qui accroche.
- Date de sortie : 18 septembre (Parlophone)
- Période : enregistrements de 1965, époque “Davie Jones”
- Contenu inédit : 10 morceaux jamais sortis
- Cadre : titres avec The Lower Third + démos solo
Le casting caché, Jimmy Page avant Led Zeppelin

La cerise sur le vinyle, c’est ce générique qui fait lever un sourcil. On retrouve des contributions de Jimmy Page, bien avant Led Zeppelin, à l’époque où il enchaîne les sessions. Il y a aussi des liens avec The Yardbirds et Nicky Hopkins, le pianiste que tu as déjà entendu chez The Rolling Stones ou même sur des sessions proches de The Beatles.
Ce n’est pas juste “tiens, un guest”. Ça replace Bowie dans un réseau réel de musiciens londoniens, ceux qui fabriquaient le son British de l’époque à coups de prises rapides et de talent brut.
Pourquoi ces noms comptent vraiment
Parce qu’ils donnent une autre lecture. On n’écoute plus ces titres comme des brouillons mignons, mais comme des enregistrements pro de 1965, fabriqués par des gens qui savaient exactement ce qu’ils faisaient.
Et c’est là que la phrase d’Alec Palao (auteur des notes de pochette) prend tout son sens, il ne faut pas juger ces morceaux avec la grille “Bowie superstar”, mais avec la grille de ce qui se faisait en Grande Bretagne en 1965. Vu comme ça, ça parle fort.
- Jimmy Page : session man, futur architecte du son Zeppelin
- Nicky Hopkins : piano haut de gamme, habitué des plus grands studios
- The Yardbirds : l’écosystème guitare de l’époque, un vivier
- Shel Talmy : producteur “hit maker”, pas un amateur
Le morceau inédit “I Want Your Love” et le vrai intérêt de ces archives
Le premier inédit mis en avant s’appelle “I Want Your Love”. Et oui, ça sonne 60s, évidemment. Mais le plaisir, c’est d’entendre Bowie apprendre à être Bowie, cette façon de se glisser dans la chanson, de tester une attitude, puis une autre, comme s’il cherchait déjà le masque qui lui ira le mieux.
Je vais être honnête, si tu viens chercher le vertige de “Blackstar”, tu risques de passer à côté. En revanche, si tu aimes les moments où un futur géant est encore “au travail”, là tu vas te régaler.
Ce que tu vas entendre (et ce que tu n’entendras pas)
Ces sessions ne sont pas une prophétie parfaite. Elles sont plus intéressantes que ça. Elles montrent un Bowie en prise avec la pop britannique, avec des influences directes, des structures simples, une énergie très scène.
Le truc, c’est d’écouter les détails, une intention de voix, un placement rythmique, une phrase qui accroche. On repère déjà une obsession, ne pas être un chanteur parmi d’autres.
Tracklist, versions, remasters, ce qu’il faut surveiller
L’édition annoncée mélange des titres remasterisés “2026”, des prises alternatives, et surtout des morceaux marqués “Previously Unreleased”. Il y a aussi des distinctions entre les périodes de groupe, par exemple Davie Jones & The Lower Third et The Manish Boys.
Mon conseil, ne te contente pas de survoler les noms. Les “Alternative vocal take” et l’“Alternative overdub/vocal”, ça peut être la partie la plus fun, parce qu’on entend Bowie choisir, éliminer, trancher. Il construit déjà sa signature.
Quelques titres qui attirent l’œil
Dans la liste, on retrouve par exemple “You’ve Got A Habit Of Leaving” (en remaster 2026), “Cupid”, “Certain Woman”, ou encore “Keep Up With The Jones (Instrumental)”. Et côté démos, des noms comme “I Live In Dreams (Demo)” donnent envie, rien que pour le contexte.
Pourquoi cette sortie fait parler, même en 2026
Parce que Bowie reste un artiste qui déclenche une réaction immédiate, même chez des gens qui n’écoutent pas d’archives d’habitude. Et parce qu’ici, on n’est pas sur une compilation “best of” qui recycle. On est sur un moment charnière, très concret, très daté, et justement pour ça très précieux.
Il y a aussi une fierté bizarre à entendre ce Londres là. Les studios, les musiciens de session, les groupes qui jouent vite et fort. Ça ressemble à une carte postale, mais une carte postale vivante, pas un musée.
À qui je recommande vraiment cet album
À ceux qui aiment comprendre comment un artiste se fabrique, pas juste admirer la statue. Et aux fans de production sixties, ceux qui savent reconnaître une ambiance de studio au premier accord.
- Les fans de Bowie qui veulent le “avant”, pas l’ultra connu
- Les curieux de la scène UK 1965 (mods, beat, pop)
- Les obsédés du son studio, de Talmy à Page
- Ceux qui collectionnent les prises alternatives et les démos
Le détail qui change l’écoute: remettre 1965 au centre
On a tous ce réflexe, comparer à ce qu’on connaît déjà. Là, il faut faire l’inverse. Imaginer que tu es en 1965, que tu entends ces chansons au milieu des Kinks, des Who, du beat qui passe à la radio. D’un coup, Bowie n’est plus “le génie en devenir”, c’est un concurrent direct, et ça rend l’écoute beaucoup plus excitante.
Le plus beau dans tout ça, c’est que ces bandes ne réécrivent pas l’histoire. Elles la complètent. Et elles rappellent un truc simple, les légendes aussi ont eu des semaines ordinaires, des prises ratées, des idées moyennes, puis soudain, une étincelle.