Guillaume s’impose dans le milieu de la musique électronique sous le blaze de Tigerz, tout en jonglant avec les tournées de son groupe de chanson française « Les Yeux d’la tête ».
Entre rires généreux et bonne humeur, Guillaume a accepté de nous parler de la facette Tigerz. Et même si se faire plaisir est sa priorité lorsqu’il compose sa musique électro, il n’en est pas moins exigeant avec lui-même. C’est sans doute pour cela que Tigerz est passé dans la cour des grands.

 

Union Street : Peux-tu te présenter pour commencer s’il te plait.

 

Tigerz : Je suis Guillaume et mon nom de scène c’est Tigerz. J’ai trente ans et je bricole du beatmaking chez moi depuis toujours pour rigoler avec les copains.
Je suis aussi musicien et guitariste pour d’autres projets. Du coup, j’avais un peu mis le beatmaking de côté pendant des années.

Depuis trois ans, je me suis remis aux nouveaux logiciels (Live etc). Ca m’a vraiment poussé à me triper de plus en plus. Finalement, ça prend de plus en plus de place et il y a deux ans, j’ai décidé d’officialiser et de créer un soundcloud.

J’ai fait un concours de remix pour le magazine Tsugi et le label Discograph. Je suis arrivé deuxième, ce qui m’a donné une certaine visibilité et ça a un peu lancé le truc.
Il y a aussi Rooftops Horizon qui m’a contacté pour faire une chanson pour internet. Et de là, j’ai commencé à produire tous les jours. Je ne me suis pas arrêté jusqu’à maintenant.  J’attends d’avoir fait des choses super léchées pour les lancer vraiment officiellement. Mais ça devient de plus en sérieux, c’est cool.

 

US : As-tu fait une formation dans la musique ?

 

T : J’ai arrêté l’école juste après le bac et je suis allé dans une école pro de musique à Paris. Ça s’appelle l’ATLA à Pigalle. J’y ai fait ma formation de guitare même si j’avais déjà appris en autodidacte depuis mes 10 ans à peu près. A la base, je voulais juste être guitariste donc j’ai monté un groupe : je viens du jazz manouche. Finalement le beatmaking c’est assez réçent. Et c’est complétement l’inverse.

 

US : Ton groupe s’appelle Les Yeux d’la tête, c’est ça ?

 

T : Oui exactement. Ca marche pas mal, on s’exporte beaucoup. Ça prend 70% de mon temps. On part en tournée dans le monde entier avec ce groupe. « Tigerz » c’était ma petite récré mais ça commence à prendre aussi.

 

 

 

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« Il faut parfois faire comprendre aux gens que même si tu fais de la musique sur ordinateur, tu es avant tout un musicien »

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US : Tu penses devoir faire un choix entre les deux à un moment ?

 

T : On verra si la question se pose un jour, mais pour l’instant j’arrive à gérer les deux. Et puis ça qui m’éclate et ça me permet de ne pas m’ennuyer de faire ces choses qui sont à l’opposé total. Ca éclate aussi tous mes potes et les gens qui me connaissent à travers la chanson française et qui me découvrent en Tigerz.

 

US : Que trouves-tu différent à travers cette forme de composition électronique ?

 

T : Il faut parfois faire comprendre aux gens que même si tu fais de la musique sur ordinateur, tu es avant tout un musicien. Ca reste de la composition quand même, tout le temps. Même quand tu prends un sample, tu composes puisque l’intérêt est de recréer des choses.

 

US : Ne crois-tu pas que pour être beatmaker, il faut être attaché au hip-hop ou du moins en avoir beaucoup écouté?

 

T : Je ne pense pas. C’est ça justement qui est marrant avec l’explosion et la diffusion de la musique. Des mecs qui écoutent du heavy metal peuvent découvrir un logiciel et se mettre à faire du dubstep. Toutes les frontières tombent.

C’est pareil pour le beatmaking. Tu n’as pas besoin d’un background hip-hop pour comprendre.
Pour ma part, je pense quand même avoir le background de base hip-hop, même si Blanka me fait un peu mon éducation depuis que je traine avec lui. J’ai écouté plein de trucs depuis toujours, mais maintenant j’en écoute encore plus et j’ai surtout éduqué mon oreille.

 

 

 

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« L’important c’est vraiment de s’éclater. Si tu te dis que tu vas faire un son « à la machin », ça ne va pas marcher »

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US : Quand tu te mets à composer, comment ça se passe en général ?

 

T : En général, quand je me dis que je vais faire un son je n’ai pas forcément d’idées ou de trucs dans la tête. Je mets mes mains sur le clavier et puis je vois où ça me mène. Avant, je partais souvent des drums parce que c’était vraiment le côté rythmique, le son des kicks, et la puissance qui m’excitaient le plus.

Mais comme ça m’enfermait parfois, j’ai commencé à travaillé en partant sur des mélodies.

L’important c’est vraiment de s’éclater. Si tu te dis que tu vas faire un son « à la machin » ça ne va pas marcher. Si tu veux pouvoir pousser l’originalité, il faut te laisser aller et s’amuser.

 

US : Des beatmakers t’ont-ils inspiré particulièrement ?

 

T : Je crois que j’ai voulu le faire officiellement quand j’ai découvert Flume. En fait, je faisais des sons un peu comme lui dans mon coin que je faisais écouter à mes amis et que ça faisait marrer.

Donc j’avais l’impression que ce n’était pas forcément des trucs écoutables pour les gens. Et puis quand j’ai entendu ce que Flume faisait, je me suis dit que je n’avais pas de raison de me cacher. Le mec faisait exactement ce qui correspondait à mon univers avec les petites voix ou les trucs pitchés alors qu’on s’était beaucoup moqué de moi pendant longtemps sur les petites voix justement.

Moi c’est ce qui me faisait triper. Mais par contre comme c’est un truc qu’on entend beaucoup aujourd’hui, j’essaie de moins en faire pour trouver d’autres choses (rires).

 

US : A-t-il été facile pour toi d’utiliser tout le matos?

 

T : Oui, les logiciels comme Live ou Ableton, c’est hyper facile. Et puis comme je bricolais depuis longtemps, j’ai vite compris comment ça fonctionnait. En général maintenant pour faire une chanson je ne mets pas longtemps : une journée à peu près.
Je commence le matin et à 17h je m’arrête parce qu’il faut que j’aille chercher ma fille à l’école. A 17h en général, j’ai une chanson, un beat.

Le problème c’est que j’ai parfois du mal à retravailler des prods en revenant sur ce que j’ai déjà fait. C’est un défaut que j’essaie de travailler :  mettre plus longtemps à faire quelque chose pour que ce soit plus léché.

 

US : N’as-tu pas l’impression que le mot « beatmaking » est beaucoup plus présent depuis un moment ?

 

T : C’est clair, ça a explosé au grand public. Les gens ont été vachement touché par les émotions, ce que tu ressens sur les sons, les bass, etc. Ca a mis un peu de côté les carcans et les formules pop avec un chanteur sur un son où tu entends à peine les batteries.

 

https://soundcloud.com/tigerzofficial/nghtmre-holdin-on-to-me-tigerz-remix

 

 

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« Avant, tu adulais le chant du rappeur et tu t’en foutais du son qui était derrière. Mais maintenant, tu portes aussi de l’intérêt au mec qui a fait le beat derrière »

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US : Cette pratique devient de plus en plus légitime selon toi?

 

T : Oui et puis avec Soundcloud par exemple maintenant en deux jours tu peux t’être crée une page et être beatmakeuse si tu veux. Ca s’est hyper démocratisé, il y en a plus et on en entend plus parler aussi. C’est cool, ça montre aussi que les gens ne sont pas fermés.

Aujourd’hui, il y a même des beatmakers aussi gros que les rappeurs américains pour qui ils ont fait le beat.
Avant, tu adulais le chant du rappeur et tu t’en foutais du son qui était derrière. Mais maintenant, tu portes aussi de l’intérêt au mec qui a fait le beat derrière parce que tu te rends compte que c’est un musicien.

Aujourd’hui on se rend compte aussi parfois que le son est dix fois mieux quand personne ne chante dessus. Chanter sur un beat n’est pas forcément aisé et je n’ai jamais trouvé quelqu’un de qualité pour ça.

Et puis on est tout le temps en train de produire et on ne peut pas toujours compter sur un mec qui doit venir chanter. Souvent quand j’envoie des trucs, j’attends des retours que je n’ai pas. Finalement tu te dis qu’il faut quand même que tu en fasses quelque chose de ce son. Alors tu vas sampler une voix, tu vas créer une mélodie, et c’est comme ça que la track se tient très bien toute seule. Tu n’as pas besoin d’un chanteur dessus.

 

US : Vous êtes plus autonomes ?

 

T : Complètement. C2C en France a été l’avènement de ça. Quand ils sont arrivés, ils ont mis tout le monde d’accord. A l’époque on trouvait ça anecdotique de voir quatre mecs faire des trucs originaux avec des scratchs. Mais ils ont fait un truc révolutionnaire en France. Et même s’ils n’avaient pas mis de chanteurs sur certaines musiques comme ils l’ont fait, ça aurait déchiré quand même.
Ils ont fait carton plein pendant longtemps, et même là s’ils faisaient de nouveau une date ça serait plein parce que quand tu les écoutes tu te prends ta claque.

Je suis un grand fan de scratch depuis toujours. Je pense qu’ils ont pas mal joué dans mon envie de faire du son aussi.

 

Maintenant, ce qui est bien c’est que tu peux faire du live en tant que beatmaker.
On a les outils pour ça aujourd’hui et pour sortir des lives traditionnels ; c’est ce qui intéresse les gens. Tout est possible et c’est ce qui fait que ça se démocratise.

Même ma mère qui je pense n’aurait pas pu écouter un de mes trucs il y a quelques années me dit maintenant « Ah ! c’est pas mal ça ». Tout le monde s’ouvre un peu, c’est rigolo (rires).

 

 

 

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« La démarche du sample est de sublimer (…), ça illustre l’infinie possibilité que tu peux faire dans la musique »

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US : Que répondrais-tu aux gens qui te diraient que sampler ou remixer c’est voler ou copier ?

 

T : Je leur dirais « viens, prends un café, on va discuter » (rires). Je lui dirais que personne n’a déposé une note de musique en soit. La démarche du sample est de sublimer ou de rendre hommage à une chanson plus que de prendre un bout. Sampler, ça illustre l’infinie possibilité que tu peux faire dans la musique. Ce qui m’éclate c’est de prendre une demi-seconde, de transformer et de ne plus du tout avoir la même chose.

Ce que j’aime bien aussi c’est prendre des « a cappella » super connus de gens et faire en sorte que tu ne puisses par les reconnaître. Tu fais vivre encore et encore d’anciens morceaux en faisant ça.

 

US : Peux-t-on le voir aussi parfois comme une façon de faire connaître aux nouvelles générations des morceaux du passé mais de façon plus moderne ?

 

T : Pour moi, il y a une telle transformation du son que tu ne peux pas te dire que ça sert à ça non. En général, tu cherches à ne pas te faire attraper pour les problèmes de droit, donc tu n’utilises pas le potentiel du sample dans un esprit historique. En tout cas, ce n’est pas forcément ma démarche à la base, mais ça peut l’être pour d’autres. Tu peux te dire que tu vas faire un disque qu’avec des samples de Nina Simone par exemple. Tu pourrais faire un truc de future beat/ trap de ouf avec ça.

 

 

 

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« Quand tu fais de la musique, c’est quelque chose de personnel, c’est toi. Après, c’est aussi de l’instantané, du plaisir et c’est lié à l’inspiration du moment »

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US : Es-tu toujours en quête de la tendance de demain lorsque tu composes ?

 

T : Avec l’explosion du beatmaking, tout le monde s’écoute et se copie. Et même si j’adore beaucoup de sons, parfois je n’en peux plus. Tout le monde a le même son de synthé, le même break. Donc je cherche de plus en plus à aller toujours plus loin oui.

Par exemple, la façon dont on a fait le nouveau son de la compil Nowadays avec Blanka illustre bien ça. En fait, il y a six mois on chillait avec Blanka. Je tripais sur la MPC et je faisais un truc à la con qu’on a mis de côté. C’était un truc de rien du tout de vingt secondes. Il me rappelle il y a un mois et me dit qu’il pense que ça pourrait le faire pour la compil. Mais il était 8h du soir et il fallait le son pour le lendemain. Je suis allé dans son studio, on est ressorti à cinq heures du matin.

Et à partir de rien on a cherché à pousser plus loin pour faire un son original. C’était un espèce de laboratoire où on s’est demandé ce qui pourrait rendre le son un peu plus personnel. C’est un truc que je vais essayer d’avoir dans tout ce que je fais maintenant.

Du coup avec Blanka en ce moment on continue de bricoler et essaie de faire d’autres tracks, des trucs complétement fous avec d’autres rythmiques et d’autres mélanges sans tomber dans le bordel.

 

US : Je t’ai connu sur « I Want You » qui a fait pas mal parler d’elle. Et sur cette musique là j’ai entendu que tu mettais beaucoup d’émotions et de sensibilité. Tu te sers de tes ressentis pour faire de la musique ?

 

T : Forcément, c’est intrinsèque à tout ça. Quand tu fais de la musique c’est quelque chose de personnel, c’est toi. Après c’est aussi de l’instantané, du plaisir et c’est lié à l’inspiration du moment. Ce n’est pas vraiment réfléchi en général même si ça retranscrit forcément des émotions.

 

 

 

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« Tu t’inspires forcément de tes expériences et de tout ce que tu entends que tu le veuilles ou non (…). Si tu as une commande d’un mec par contre là, tu débranches ton cerveau  »

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US : Penses-tu que les nouvelles technologies permettent aussi de mettre de nouvelles sonorités par rapport à ce que l’on avait dans le beatmaking de base ?

 

T : Je pense que c’est vraiment lié aux VST. Avant, il fallait parfois passer en studio pour accéder aux grosses consoles par exemple. Maintenant, tu peux zapper tout ça et tout faire d’un ordinateur avec les nouvelles technologies. Même des mecs comme Skrillex font leurs trucs sur un mac comme le tien ou le mien. Les nouvelles technologies ont apporté aussi une démocratisation.

 

US : Es-tu inspiré par d’autres choses ?

 

T : Tu es forcément inspiré par ce qui t’entoure, ce que tu écoutes, tes voyages, les rencontres avec les gens. Ces dernières années, je n’ai pas beaucoup voyagé vu que j’ai eu une petite fille (rires). Mais je trouve très sûrement de l’inspiration dans ma fille.

Tu t’inspires forcément de tes expériences et de tout ce que tu entends que tu le veuilles ou non de toute façon. Si tu as une commande d’un mec par contre là tu débranches ton cerveau.

 

 

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« Aujourd’hui, le côté organique et le côté synthétique de l’ordi s’emboîtent beaucoup (…). Tu pourrais même faire des papous qui chantent en faisant du xylophone sur un gros beat, ça pourrait marcher »

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US : Sur le beatmaking actuel, on met un peu ce qu’on veut : du scratch, des featuring avec des rappeurs, mais aussi des voix pop ou du piano par exemple. Crois-tu que l’on puisse tout mélanger dans le beatmaking ?

 

T Oui ! Lido par exemple à la base c’est une pop star qui chantait dans son pays. Il s’est mis au beatmaking avec Cashmere Cat et ont beaucoup travaillé ensemble.

Il a un style à lui super original et est super inspirant. Il a défini beaucoup de choses dans le milieu du future beat en particulier. Il a fait un concert avec un orchestre philharmonique et ça te fou ta claque parce qu’il mélange tout. Il rejoue des trucs qu’il a fait au clavier et il chante en même temps. Avec l’orchestre philharmonique tu prends des frissons en trois minutes.

Chet Faker qui a plus un côté pop et qui était seul sur scène à la base avec sa MPD l’a montré aussi. Il faisait sa musique et chantait en même temps.

Aujourd’hui, le côté organique et le côté synthétique de l’ordi s’emboîtent beaucoup.

Fakear aussi tourne pas mal avec des musiciens maintenant et c’est normal parce que quand tu fais de la scène depuis un moment, tu as aussi envie d’essayer ce mélange.

Tu pourrais même faire des papous qui chantent en faisant du xylophone sur un gros beat, ça pourrait marcher. Tout est possible et c’est ça qui excite tout le monde.

Et puis comme tout le monde se ressemble très vite, tu cherches toujours à trouver des originalités. Le public est aussi à la recherche de tout ça de toute façon.

Et c’est hyper dur de savoir les nouveaux genres de sons que tu vas pouvoir entendre dans six mois ou un an et qui vont te foutre ta claque. On est dans une ouverture aux champs du possible.

 

US : Définirais-tu ta musique comme de la future beat actuellement ?

 

T : c’est un peu comme ça qu’on me classe. Ce que j’aime en fait c’est ce qui est très percussifs avec un mélange de grosses nappes de synthé et de bass. On pourrait dire que c’est un peu de la trap avec d’autres choses par dessus. J’ai toujours du mal à me définir, mais je dirais que c’est de l’électro-hip-hop, voire électro tout court. Ça englobe tellement de choses.

De toute façon tu ne vends plus de cds à la Fnac donc tu t’en fous de savoir dans quel bac te ranger.

 

US : De quoi découle la future selon toi ?

 

T : Pour moi c’est lié à l’avénement du dubstep tel qu’on le connaît aujourd’hui. Quand Noisia ou Skrillex par exemple sont arrivés avec leur dubstep de ouf, il s’est passé quelque chose qui a lancé selon moi toute une mouvance.

Aujourd’hui, on a gardé certains aspects hyper violents du dubstep, mais on a enlevé les gros wobbles. Et Flume est arrivé avec des choses bien plus douces mais dans lesquelles tu ressentais un peu cette énergie là.

Je pense que ça découle aussi de cette ancienne école de beatmakers qui étaient sur MPC comme J.Dilla. J’ai surtout découvert cette école quand je suis devenu pote avec Blanka et qu’il m’a dit « ça, ce sont mes disques préférés ».

 

 

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« Ce que j’ai envie de faire dans les années qui arrivent, c’est trouver un rappeur français qui a des choses intéressantes à dire et de lui faire des prods de fou. J’ai envie de faire des sons qui choquent, mais par leur originialité »

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US : Crois-tu que le hip-hop dont on se parle depuis tout à l’heure participerait à casser un peu les clichés que le hip-hop pouvait véhiculer jusqu’à maintenant ? Drogue, alcool, nanas…

 

T : Si tu donnes la parole à tous les beatmakers et si les gens s’intéressent un minimum à ce qu’ils disent, l’esprit changera. Mais tu auras toujours le cliché drogue, sexe, bandit, alcool. En général, ça fait partie du cahier des charges du rap et d’un certain hip-hop de toute façon.

Mais j’ai vraiment beaucoup de mal avec les messages de certains rappeurs français, que je ne respecte pas du tout (rires).

Ça c’est clair et net, c’est scandaleux. Je ne sais même pas quoi dire par rapport à ça. J’adore les beatmakers qui font les sons mais pas les propos par contre.

Le problème c’est de savoir où se place le sérieux dans tout ça. Et est-ce que les gens ont vraiment envie d’entendre un mec dire des saletés pendant trois minutes trente ?  Je ne  pense pas que les gens adhèrent au message en général. Ils doivent plus prendre ça à la rigolade.

Ce que j’ai envie de faire dans les années qui arrivent, c’est trouver un rappeur français qui a des choses intéressantes à dire et de lui faire des prods de fou. J’ai envie de faire des sons qui choquent mais par leur originalité ou par leur côté trap. Je ne veux pas forcément chercher à retomber dans le IAM en pleurant sur l’ancien hip-hop, mais trouver un mec comme Vald par exemple qui propose autre chose et qui prend les choses à contre pied.

Everydayz qui reste pas mal rap a aussi fait des prods pour Cleim Haring qui a des trucs plutôt poétiques je crois.

Les Phases Cachées est un groupe de rap français qui monte et Cheeko par exemple, qui en fait partie, a refait l’une de ses chansons sur un beat à moi en essayant de partir sur des trucs un peu plus poétiques.

 

US : Penses-tu quand même que le hip-hop gagne un public de plus en plus large à travers toute la diversité qu’il développe ?

 

T : Oui ! Même moi ça m’a amené à écouter certaines choses que je n’aimais pas forcément comme le rap US d’aujourd’hui ou la trap. Le kiff du beat m’a fait aimer certains sons comme « Hotline Bling » par exemple de Drake.

 

US : Et donc aujourd’hui sort la Winter Tape volume 5 de Nowadays, comment te sens-tu?

 

T : C’est cool, surtout que je suis là en plus pour faire une interview avec toi donc ça fait plaisir!

Et puis en ce moment, il se passe plein de choses tous les jours sans que je ne sois forcément au courant c’est marrant. Comme pour la chronique Union Street de l’autre jour, ça fait plaisir, ça fait vivre et ça rend les choses réelles.

Ca donne encore plus envie de faire des choses, et il y en aura.

 

US : Donc 2016 sera un bon cru?

 

T : Ce sera une année très chargée, je pense.

 

US : Merci à toi !

 

T : C’était sympa merci!

 

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