Rezinsky Tostaky par marion ChapelainPepso Stavinsky / RezO Prod  ©Marion Chapelain

 

Peu avare en mots et longs discours, nous avons pu nous entretenir longuement avec le rappeur et saltimbanque Pepso Stavinsky. C’est dans son fief angevin que nous le retrouvons pour siroter une citronnade en bord de Maine à la guinguette du Héron Carré. Si en arrière plan on peut distinguer la ville et son château médiéval, au premier plan il est bien question de musique. Pepso nous raconte son rap, sa ville, le End Of The Weak et ses partenaires de crime.

 

US : Pour commencer peux-tu nous raconter l’histoire qui se cache derrière ce nom : Pepso Stavinsky ?

Je suis rappeur depuis une 10aine d’années, à la base sous le nom de Pepsostérone puis Pepso Stavinsky quand j’ai bossé avec un live band, le Projet Stavinsky en 2009.

J’ai un 1er album Voir La Lune sorti en 2013 puis un EP Météorite et là dernièrement Rezinsky avec le mini-album Les Hérétiques.

 

US : Je crois savoir que tu as commencé assez jeune à rapper ? Que peux-tu nous dire sur tes débuts ?

J’écoute du rap depuis que j’ai 9 ans, j’étais assez fan de ça et j’écoutais la radio tard sur Nova ou Skyrock pour avoir des sons indé. J’ai commencé à écrire avec des potes en fin de collège, début de lycée pour rigoler. Et puis je l’ai fait plus sérieusement, j’étais plus passionné par ça… mais d’une certaine façon je rappais déjà parce que je connaissais toutes les paroles des rappeurs que j’écoutais depuis la 6ème.

Après j’ai rencontré un emcee qui était le frère d’un de mes meilleurs potes qui s’appelle Lamy. J’ai commencé à rapper avec lui. Après avec Dajanem vers 18 ans et on a créé le groupe Rue De La Pisse. Voilà et on traînait avec tous les emcees d’Angers, qui maintenant sont un peu tous disloqués dans leur coin, mais avec Daja on est toujours très bon potes. Il y avait aussi Cerbère qui fait pas mal de trucs, Fantomatik qui est lié à la West Section maintenant… il y avait tout ce cocon là, tous ces emcees, et on rappait tout le temps, on faisait que ça.

Et Wadi après qui nous a un peu pris, Daja et moi, sous son aile.

 

 

US : Ton style, autant dans le travail des mots que des images, est très inspiré, très référencé. Où puises-tu cet univers ? Dans la littérature, dans le cinéma ?

Par rapport à ce que j’écris, en littéraire, ca pourrait se rapprocher, je ne sais pas trop, peut-être des écrivains de la Beat Generation, Bukowski, John Fante, des trucs comme ça… avec ce côté désabusé, noctambule, qui déambule, ce côté sale aussi.

 

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«… JE NE FAIS DE LA VULGARITÉ POUR FAIRE DE LA VULGARITÉ MAIS J’AIME QUAND ELLE EST JUSTIFIÉE …»

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Je ne fais pas de la vulgarité pour faire de la vulgarité mais j’aime quand elle est justifiée. J’aime mettre un peu de vulgarité de temps en temps pour donner un côté sale, brute, hardcore. Le rap trop gentil me fait un peu chier.

 

US : Une sorte de vulgarité brute, surtout authentique…

Ouais c’est ça, ce côté que l’on peut avoir, c’est le côté pulsion. Parce que la vulgarité ça fait partie de chacun. On est tous un peu vulgaire à des échelles différentes et à des vulgarités différentes. Dans la chanson « Caligula » par exemple je dis des choses trash mais je trouve ça littéraire d’une certaine manière, c’est une vulgarité littéraire on va dire, qui a une esthétique. J’essaie de garder une certaine esthétique quand je parle de vulgarité.

Mais oui, il a des influences littéraires, enfin oui et non. Je n’essaye jamais me dire que j’ai des influences et des références car je déteste tout ce qui est name-dropping. J’en fais un petit peu mais c’est vraiment quand j‘arrive à trouver un truc fin, sinon je laisse. Moi ce qui m’intéresse c’est les personnages. Forcément des mecs comme Jacques Brel, Léo Ferré, Baudelaire, Gainsbourg, c’est des mecs qui avaient des gueules et c’est ça qui m’intéresse. Ils n’étaient pas pudiques, ils ne se sont jamais donnés aucune limite et se sont laissés faire tout ce qu’ils avaient envie de faire.

Tu sais dans le rap il y a toujours les gens qui disent : « je suis différent d’untel, je rappe mieux que toi etc », et il y a ceux qui ne le disent pas mais qui le font, tout simplement. Ils font leurs trucs à leurs sauces et ils ne vont pas se justifier par rapport à ça. Ca vient naturellement dans la proposition artistique qu’ils font.

 

US : Et donc comment définirais-tu ta musique ?

 Je pense que tout ce que j’écris est en lien avec ma vie, même si ça reste de l’autofiction. Parce que j’ai tendance à chercher une esthétique dans ce que j’écris et donc à amplifier ce que je raconte. En gros j’essaye de faire comme n’importe quel artiste peut essayer de faire, comme un peintre quand il fait un tableau. J’essaye de fixer des émotions et des sentiments qui me touchent à un moment. Et voilà j’écris et je rappe là-dessus. Ca peut être la colère, l’amour, la jalousie, la haine et tout… Après je parle pas mal des femmes, mais c’est pour ce côté admiration, fascination ou muse tu vois.

Enfin en tout cas sur cet album (Les Hérétiques ndlr), j’ai pas mal parlé des femmes. Mais aussi parce que même dans mon processus de création les femmes étaient présentes, notamment une femme qui était là sur l’écriture de mes textes, elle lisait tout ce que j’écrivais. Ce n’était pas un conseil mais c’était une présence en tout cas. Actuellement j’écris beaucoup là-dessus mais peut-être que j’écrirai sur autre chose un jour.

Pour le prochain disque, sans vouloir rien dévoiler mais on commence à travailler dessus, je pense qu’on retrouvera vraiment l’aspect pré-trentenaire, adulte immature, grand enfant. Donc ça parlera forcément des femmes mais j’essaye de travailler chaque disque pour qu’il représente une humeur à un moment. C’est mon état d’esprit en tout cas.

Tu vois aujourd’hui j’ai 29 ans, j’ai plein de potes qui se marient, qui font des gosses et qui commencent à penser à acheter des baraques. Et à côté de ça j’ai aussi des potes comme moi qui n’ont pas de maison, pas d’appart, vadrouillent de droite à gauche… On est très saltimbanque, et tu commences à vraiment voir un décalage. Mais je trouve ça super inspirant !

Je pense qu’il y a plein de gens qui pourraient être inspirés par ça, c’est un peu anodin mais à l’intérieur de ça je vois plein de trucs. Tu peux écrire de toutes les formes en parlant de ça, tu peux avoir du dégoût, de l’admiration et il y a des incompréhensions humaines qui naissent de la communication entre les gens, des choses qui changent, les gens évoluent vachement.

 

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«… QUAND TU ÉCRIS UNE CHANSON ELLE NE T’APPARTIENT PAS, TU VAS LA CHANTER ET TU L’AS DONNE D’UNE CERTAINE FAÇON …»

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US : Tu t’inspires de ce qu’il a autour de toi donc. Tu écris sur tes émotions.

Ouais, j’ai souvent écris sur la rupture par exemple, ou sur les relations que j’avais. Je pense que j’ai besoin de figer. Il y un aspect exutoire et je ne dirais pas thérapie mais il y a un truc qui me fait du bien quand j’écris.

Après la difficulté c’est de savoir ce qui t’appartient et ce qui ne t’appartient pas, la frontière entre personne et personnage. Notamment quand tu écris sur tes émotions et sur celles que tu partages avec d’autres personnes. Quand tu écris une chanson elle ne t’appartient pas, tu vas la chanter et tu la donnes d’une certaine façon.

Par exemple tu peux écrire sur d’autres gens qui vont se reconnaître dans la chanson ou même toi tu vas reconnaître, mais il faut faire attention à ne pas ce l’accaparer, parce que ça reste de la fiction, ça reste des histoires. Et surtout ça reste des choses que j’amplifie, des choses que j’écris en rimes donc déjà rien qu’à partir de ce moment là ce n’est pas un documentaire. Il y a une esthétique derrière, c’est des choses que j’embellie que je peins. En gros c’est l’interprétation de la réalité qui en plus est stylisée.

 

US : La scène angevine est assez peu mise en avant, tu en penses quoi ? Ca vient des médias ou de la scène elle-même ?

 Un peu des deux. Je pense que pendant longtemps, Angers, pour les Parisiens par exemple, c’était la ville où tu t’arrêtes entre Le Mans et Nantes, et que tu confonds avec Amiens, Agen, etc. Ce n’est pas une ville identifiée.

Par exemple, il y a ce groupe de pop qui a cartonné, Pony Pony Run Run… tu vois tout le monde disait qu’ils étaient de Nantes.

 

US : Oui alors qu’ils étaient pour une partie de Nantes et de l’autre d’Angers.

Ouais, mais maintenant je pense qu’il y a une volonté des structures et des professionnels du coin d’affirmer que les groupes sont angevins, surtout qu’il y a énormément de groupes talentueux, beaucoup en rock, électro mais en rap aussi, et qui ne commencent pas à péter mais qui sont visibles en tout cas, qui existent sur l’hexagone.

Après dans le rap, c’est compliqué car la scène n’était pas visible depuis les autres villes mais elle n’était déjà pas visible depuis chez elle. Il n’y avait pas de festivals, pas d’organisations, pas de groupes qui cartonnent. Alors que là depuis des années, ça a pas mal bougé. Nous déjà on organise des soirées, Bridging The Gap, pour commencer à réunir un public. Et ce public est devenu super fidèle.

D’ailleurs depuis le printemps il n’y a jamais eu autant de concerts de rap à Angers et chaque concert était blindé.

Même dans les médias je le vois maintenant, par exemple on dit Pepso l’Angevin, et ça on ne le disait pas avant. Et c’est cool, moi j’ai envie de représenter Angers, même si j’ai pas mal bougé. Car je pars du principe que j’aime pas être au même endroit tout le temps. Mais ma musique respire forcément d’où je viens, dans la manière dont je parle et ce dont je parle. C’est le côté culturel qu’il y a ici, bon vivant et tout. Ça fait partie de nous et ça s’inscrit dans notre musique ! Ce côté sale aussi (rire), un peu vigneron…

 

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«… MA MUSIQUE RESPIRE FORCEMENT D’OÙ JE VIENS, DANS LA MANIÈRE DONT JE PARLE ET CE DONT JE PARLE […] CA S’INSCRIT DANS NOTRE MUSIQUE …»

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US : Et, est-ce qu’il y a des groupes locaux qui t’ont inspiré ou peut-être donné envie ? Nouvel R peut-être ?

Oui, et avant Nouvel R il y avait 4 Vérités aussi. C’est un peu les anciens pour moi. C’était les premiers gars que j’ai vu rapper. Donc forcément quand je les vois jouer j’ai une petite boule parce que pour moi c’était les exemples. Donc oui, Nouvel R et Wadi ont été de mes premières références.

Sinon entre Dajanem qui va sortir un EP, Nouvel R qui a sorti Les Yeux De La Foule et le prochain Rezinsky, c’est tous les 3 des projets un peu hybrides et qui représentent cette identité angevine, des projets portés sur le texte et avec une volonté de travailler la musique, travailler avec des musiciens. Ce que l’on retrouvera un peu plus sur le prochain Rezinsky.

 

US : Parlons un peu de ton dernier projet, Les Hérétiques en collaboration avec RezO Prod. Est-ce que c’est ton projet le plus abouti ?

 Oui, il est plus abouti, mais j’ai envie de te dire que ce n’est pas forcément fait exprès. Je ne l’ai pas fait dans ce sens là en tout cas. Je ne me suis pas dis : « tiens, je vais faire un album plus sérieux, plus abouti, avec moins d’égotrip … ».

Je pense que c’est venu naturellement parce que tout simplement ce projet il s’est fait super vite. Le disque on l’a enregistré en 5 mois, et j’ai quasiment fini tous mes textes pendant les sessions d’enregistrement. Il y eu très peu de corrections.

 

US : Un projet plus instantané alors ?

Ouais, à vif, brut. En fait j’étais parti pour faire un 2e album solo mais je me rendais compte que j’écrivais les mêmes choses que sur le premier. De son côté RezO était un peu fatigué de ses derniers projets. Et on a commencé à faire un son, puis deux et voilà l’idée du EP a germé. Ensuite il y a toute l’équipe qui s’est construite avec Silas qui a fait les dessins. C’est une aventure humaine.

 

US : Et côté vidéo, tu travailles aussi souvent avec les mêmes personnes ?

Sur ce projet il y a Damien Stein qui a fait la vidéo de « Les Hérétiques », mais il m’avait déjà fait un clip qui s’appelle « Les Gens Ne Savent Pas » qui était sur Voir La Lune. Mais c’est pareil ce que j’aime bien avec lui c’est qu’il ne se donne aucune limite. Et il sait qu’avec moi il peut se donner aucune limite parce que je lui donne toute ma confiance.

Et le lien, c’est qu’en plus Damien bosse beaucoup avec Safirius qui est rappeur de Micronologie et qui a maintenant son projet solo Darjeeling. Il était sur Voir La Lune, il est sur Les Hérétiques et il nous accompagne sur scène. C’est d’ailleurs un très bon pote à moi avec qui j’écris beaucoup et c’est peut-être le seul rappeur aujourd’hui avec qui je pourrais envisager de co-écrire un album. Parce qu’entre nos deux plumes il y a une dualité et une ressemblance, on parle un peu des mêmes choses mais de manière différente, on a des sensibilités très communes.

 

US : Et comment s’est passé la campagne de financement participatif ? Ca t’effrayait de ne pas aller au bout ou tu étais confiant ?

En fait ce projet est allez tellement vite qu’on n’avait pas encore créé le nom Rezinsky quand on a lancé la campagne. On avait enregistré deux morceaux et fait le clip « WASP » avec Pand’or, Eli et Nob. Et on a vu qu’il y avait un peu d’engouement sur le fait que ce soit Pespo et RezO, car on avait déjà fait beaucoup de sons ensemble et donc peut-être qu’il avait un peu d’attente autour de ça.

Du coup on s’est dit : « tiens et si on tentait le financement participatif pour faire un vinyle ça nous fait kiffer »… Parce que les sons quand on avait commencé à les enregistrer on se disait putain ça serait bien sur un vinyle avec cet esprit boom bap, à l’ancienne. Et donc le financement est très vite parti, puis il a stagné et là j’ai eu un peu peur, j’ai pensé qu’on n’allait pas y arriver. Mais enfin de compte on y est arrivé et on a dépassé même. Et ça tu vois, ça nous a stimulé.

Au début on n’avait aucune prétention, on voulait faire un 4 titres et le sortir sur bandcamp. Mais petit à petit on a eu des bons retours et des éléments qui nous ont motivés. A la fin du KissKissBankBank, il y a Hip Hop Session qui nous a appelé pour faire la première partie de Blackalicious, c’était notre deuxième date, et même notre première grosse date car la première fois c’était un showcase sur un End Of The Weak à Rennes… un truc d’un quart d’heure.

Du coup, de fil en aiguille on s’est motivé pour réussir à faire un projet sérieux. Et à partir de février on a vraiment commencé à bosser jour et nuit sur ce projet, que se soit sur le développement, la com, et maintenant on est toute une équipe. On a trouvé un booker, on est accompagné par Le Chabada.

Et tu vois pour revenir à la question d’avant, je te dirais que oui ce projet est le plus abouti car c’est la première fois que j’écoute des titres et que je me dis : « putain il y a quelque chose, j’ai vraiment réussi à figer des émotions sans trop de fioritures ».

 

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«… C’EST LA PREMIÈRE FOIS QUE J’ECOUTE DES TITRES ET QUE JE ME DIS : ‘PUTAIN J’AI VRAIMENT RÉUSSI A FIGER DES ÉMOTIONS’ …»

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US : Tu te sens plutôt fier du résultat alors…

Ouais carrément, et un titre comme « Jolie Môme » par exemple, je n’avais jamais réussi à peindre une femme comme ça. J’avais commencé à l’écrire et je m’étais arrêté car il y avait ce sentiment dont je te parlais de non-appartenance, genre je raconte la vie de quelqu’un en fait. Et quand je suis arrivé en studio je l’ai montré à RezO, j’avais 12 rimes, il trouvait ça mortel. C’est là que j’ai tout écris et je l’ai enregistré en 1 jour.

 

US : Vous avez pas mal tourné avec ce projet ? Comment a été l’accueil du public ?

Franchement super cool, on a eu des vraiment bons retours même si on a eu des dates plus difficiles que d’autres. Je pense qu’il y a vraiment des trucs humains qui se sont passés sur ce projet, là on était vraiment en équipe. Tu vois sur scène, RezO c’est la personne avec laquelle je me sens le plus à l’aise. Sur scène j’ai du mal à regarder les musiciens avec qui je joue alors que là, on rentre en transe assez facilement tout les deux, il n’y a aucun malaise. Et je pense que ça se ressent, pour le public ça motive pas mal.

Aussi, je pense que sur scène on a un côté plus rock’n roll que certains groupes de rap. On essaie de ne pas mettre de limite sur notre énergie, ça m’arrive de crier, parfois RezO vient devant la scène avec moi.

C’est ce qui a plu à notre booker, L’Igloo, aussi parce que eux c’est des rockeurs à la base. D’ailleurs on se rend compte que le projet parle pas mal à des gens qui à la base n’écoute pas trop de rap, ou alors aux anciens qui sont un peu déçus du rap aujourd’hui.

Et en même temps si tu aimes le rap, que tu es dans un délire puriste et que tu es attaché à quelques thèmes d’écriture, tu ne te retrouves pas forcément dans Rezinsky. Parce que je parle de moins en moins de rap au final.

 

US : Par ailleurs, tu as joué à la fête de la musique à domicile à Angers. Tu l’as ressenti comment ce moment ?

Bah c’était la meilleure date qu’on est faite (sourire). Il y avait plein plein de monde et les quatre premières rangées c’était des jeunes qui connaissaient les paroles. L’album était sorti deux semaines avant et ils chantaient des morceaux, c’était chanmé, ça donne vachement de force. T’imagines, t’es chez toi, tu sors la première rime et il la back direct. Là tu te dis que t’as plu qu’à rapper du mieux que tu puisses rapper et ça va couler.

Et aussi la première date à Angers c’était le 4 juin au Joker pour la release. Celle-là on l’avait bossée comme des porcs parce qu’on voulait présenter le projet sous son meilleur jour. Donc ouais ces deux dates là étaient mortelles.

Mais la date à Paris était cool aussi. On a commencé à faire une résidence mi-avril et à partir de là on a vraiment commencé à épurer le set et à le travailler pour proposer quelque chose qu’on aime, qu’on se dise que l’album sur scène il vit bien, qu’il vit encore différemment.

 

US : A en croire ta longue guestlist lors de ton live à l’International, tu semble connecté à pas mal de monde… comment tout ça s’est-il orchestré ?

 Tu sais la plupart ce sont des potes. Il y avait les gars du End Of the Weak (EOW). Il y avait Cheeko (Phases Cachées), Géabé aussi qui faisait la première partie. Nob, Lautrec, c’est la clique rap avec laquelle je traîne sur Paris. K.Oni, Saphirius eux c’est mes potes de Rennes. L’idée c’était de réunir pas mal de gens qui ne seraient pas habituellement ensemble.

Tu vois je fais partie du EOW, je suis pote avec eux maintenant, avec Dandyguel et les autres. On est parti en Espagne ensemble en 2011, on est parti deux semaines pour faire un album avec des emcees européens. Et je trouve ça cool parce que tu sais le EOW c’est une école d’improvisateurs, c’est pas un collectif, c’est pas un groupe, c’est juste des emcees qui se réunissent et parfois il y a des plans. Mais quand tu regardes il y en a aucun qui ressemble à l’autre. On n’est pas un crew de rap où les mecs sont assez ressemblants dans les esthétiques. EOW c’est des mecs qui ne se ressemblent pas et qui sont de différentes villes.

 

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«… LE END OF THE WEAK C’EST UNE ECOLE D’IMPROVISATEURS, C’EST PAS UN COLLECTIF […] C’EST DES MECS QUI NE SE RESSEMBLENT PAS ET QUI SONT DE DIFFÉRENTES VILLES …»

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US : En parlant du End Of The Weak, tu as été Vice-Champion de France en 2008. Est-ce que ça t’as permis d’évoluer plus vite dans le milieu du rap ? De prendre les choses plus au sérieux ?/

D’une certaine façon avant End Of The Weak je n’étais jamais sorti de ma ville. Je n’avais pas fait beaucoup de concerts, donc clairement oui, EOW a été le premier coup de projecteur. C’est Wadi qui m’avait ramené au EOW. J’ai gagné les qualifs à Nantes devant tous les rappeurs de Nantes qui ne me connaissaient pas, c’est là que je me suis mis à faire mes premières connexions. C’est après ça que j’ai été en studio.

Et ouais j’ai eu un petit buzz à partir de là quand je suis revenu à Angers j’étais le petit mec chaud… et je suis parti vivre à Nantes en plus à ce moment là. Mais oui le End Of The Weak a été le premier déclic.

Au fond de moi j’ai toujours rêvé d’être un grand rappeur, c’est un truc que je kiffe. Mais je n’avais pas les clés, j’étais incapable de dire comment faire ça. Mais à partir de là j’ai commencé à avoir quelques clés… j’ai pu aller enregistrer mes morceaux en studio, faire des rencontres et parler avec des gens qui faisaient pareil que moi. Alors qu’avant on était juste 5 ou 6, on se connaissait sur Angers. Et le rap se résumait à ça et à ce que l’on voyait dans les magazines et aux prémices d’Internet.

 

US : Ca t’as permis de quitter le fantasme, c’est devenu plus réel ?

Oui, ça m’a permis de toucher à des choses, rien que d’aller dans un studio c’est cool. J’ai pu enregistrer mon premier maxi Itinéraire d’une Vie Banale. J’avais pressé 150 disques. Après j’ai commencé à faire des concerts, j’ai monté le groupe avec des musiciens, le Projet Stavinsky qui a duré pendant 3-4 ans avec beaucoup de concerts. Et de fil en aiguille Voir La Lune. On va dire qu’il y a EOW qui m’a permis de commencer à faire des trucs et ensuite Voir La Lune qui est charnière aussi.

Avant Voir La Lune je vois ça un peu comme une adolescence artistique. Voir La Lune c’est un transit, c’est un premier album avec des morceaux très introspectifs et qui pouvaient être vieux et d’autres plus adultes. A partir de là j’ai su qui j’étais, ce que je voulais faire et quel personnage j’étais en train de créer.

Avant j’étais dans un délire : « je fais du rap, j’ai un côté un peu anomalie mais j’assume pas ».

 

US : Toujours à propos du EOW. Tu es resté connecter à cette compétition, quel est ton parcours ? Tu fais partie de l’organisation de la région Ouest ?

 Non je ne fais pas partie de l’orga mais je suis souvent jury et je fais des showcases aussi. Principalement dans l’Ouest mais je l’ai aussi fait dans l’Est et à Paris. Tu sais c’est fatiguant, c’est dur d’être jury. Il y a tellement de styles différents et de niveaux. Mais c’est ouf, là on est à la 7eme génération je crois.

 

US : Est-ce que ce n’est pas jouissif de juger les gens après avoir été soi-même jugé ?

Oui forcément (rire), car c’est moi qui détient les clés. Après c’est quand même compliqué, je kiffe le faire parce que déjà juste regarder un EOW je kiffe ça à fond. C’est un événement même si maintenant je n’y participe plus, j’arrive toujours avec la boule au ventre. Tu sens l’ambiance dès le début, tout le monde se regarde, il y a Keri qui met le son, il mixe du rap pendant une demi-heure et après il faut être chaud direct. Du coup je le ressens toujours comme eux ils le ressentent.

Des fois le niveau est moins bon. Ca m’est arrivé d’en enchaîner 2-3 dans le weekend car les qualifs dans l’Ouest sont souvent très proches… et là tu t’en prends une grosse au premier, tu te dis que c’est mortel que ça défonce et à la suivante tu te rends compte que le niveau est moins bon. Du coup tu as tendance à juger plus durement.

 En tout cas oui il y a un aspect forcément jouissif et ce côté où tu es respecté, tu es vu comme un leader d’opinion.

 

US : Tu as un nouveau projet électro-hip-hop nommé « Easy » ? Qu’est ce que tu peux nous dire là dessus ?

Alors en ce moment on est en création. Mais sur ce projet je ne suis pas leader, il est mené par Florian Brunet qui compose tous les beats et ces beats sont ensuite rejoués par des musiciens. Il y a donc lui qui fait basse avec pleins de pédales, qui fait clavier moog et qui joue des séquences. Ensuite il y a Ronan le batteur et Dj CLB aux machines.

Il faut savoir que sur Easy les refrains sont souvent enregistrés, ils sont écrits en anglais, enfin pour les 2/3 des morceaux c’est comme ça. Ils sont re-scratchés après, donc les thématiques sont déjà imposés. Du coup je me vois plus comme un instrument de musique.

Pour l’instant on est en création, on n’a pas de concert de prévu. Mais c’est un projet vraiment live parce qu’on rejoue tout en live avec le côté électro et musiciens. C’est un projet super dynamique, on est sur des BPM à 110, 120 parfois 130.

Tu vois, j’adore le boom bap car j’ai moins de difficulté de flow et je peux me permettre de raconter ce que j’ai envie de raconter sans me forcer. Alors que quand j’écris sur des BPM plus house ou plus trap, très plein, je pense que même si j’écris les même choses, ça reste plus dur de rentrer dedans instinctivement. Cette écriture à vif je l’ai beaucoup moins dans Easy par exemple. C’est des textes que je travaille beaucoup plus, que je travaille avec des notions de rythmique et de musicalité que je n’ai pas forcément digérées, donc c’est des textes beaucoup plus calibrés. Je fais plus travailler ma tête avec Easy alors que c’est plus à l’instinct avec Rezinsky.

 

US : Avec Easy vous avez sorti un projet déjà?

On a sorti un EP mais uniquement pour les pros pour démarcher. Après je crois qu’on doit sortir un projet avant la fin de l’année… mais on peut aussi écouter notre projet sur le soundcloud.

 

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«… QUAND J’ÉCRIS SUR DES BPM PLUS HOUSE OU PLUS TRAP […] MÊME SI J’ÉCRIS LES MÊMES CHOSES, CA RESTE PLUS DUR DE RENTRER DEDANS INSTINCTIVEMENT…»

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US : Avec Rezinsky et Easy on peut dire que tu es dans une phase collaborative… Tu n’as pas envie de revenir à des trucs plus personnels ? Un album solo ?

Sur Rezinsky je suis tout seul à écrire, après je pose sur les prod de RezO. On est deux entités, et malgré tout, ça reste les textes les plus personnels que j’ai écris. Peut-être qu’un jour je reviendrais avec d’autres beatmakers mais en même temps j’aime bien les projets de collaborations.

De toute façon même si je faisais un album perso je travaillerais avec des beatmakers ou des musiciens parce que je ne sais pas composer (rire) donc ça resterait de la collaboration.

Mais là je pense qu’on va durer un peu avec Rezinsky, on va essayer de faire un autre EP et de faire des dates, de tourner pas mal, parce que ça nous plaît, qu’il y a une émulation autour donc autant y aller à fond. Je pense qu’il y aura un EP en 2016, des concerts, des clips.

Easy on va continuer mais pour l’instant il y a moins de choses enclenchées donc je ne peux pas trop t’en dire. Sinon peut-être travailler sur un projet commun avec Safirius, parce qu’on écrit déjà pas mal ensemble et on est aussi pas mal sur les routes ensemble… Mais oui ça c’est un truc que j’aimerais faire en projection sur les 3 prochaines années… bosser avec Safirius, continuer Rezinsky et essayer de le faire vivre au maximum.

D’autant qu’avec Resinsky il y a une réception des gens, on a réussit à créer une identité et c’est ce que l’on voulait, avec Silas sur les dessins, il a fait un putain de boulot. Et je pense que c’est ce qui nous a identifié… Rezinsky c’est tout ça et pas autre chose. Parce qu’on a investi beaucoup de notre temps, de notre vie, de notre argent dedans mais ce n’est pas pour rien car aujourd’hui ça paye et c’est cool. T’aimes ou t’aimes pas mais au moins tu vois la démarche artistique et l’identité.

 

US : Pour terminer peux-tu nous expliquer ton délire avec la Lune ?

Ca doit être la notion d’être bien dans un endroit, d’être seul et de s’y sentir bien. A la base c’est parce que quand j’étais petit mes profs me disait toujours : « t’as la tête dans la lune », « descends de ta soucoupe volante ». Parce que je suis un peu à l’ouest, très distrait vite, assez maladroit… et du coup quand j’ai écrit Voir La Lune j’ai créé tout ce concept, toujours dans cette idée d’identité, j’aimais bien ce côté Pierrot la Lune, un peu rêveur. Ensuite je l’ai gardé, j’ai commencé à l’adapter sur les réseaux sociaux.

Avec Rezinsky je suis plus là dedans mais je le garde toujours, ça reste toujours un peu présent dans mes textes d’une manière informelle. Et puis il y a le côté métaphore entre la lune et les femmes. Et ce côté aussi d’invincibilité, à partir du moment où je suis sur la Lune, je ne suis pas sur Terre, j’ai ce côté inaccessible où je me protège, je me détache… en même temps ça a un aspect sympathique car le mec qui est sur la Lune c’est le rêveur, le gars cool… mais il ne faut pas en abuser de ce concept car ça été usé déjà, mais en tout cas les gens le retiennent.

 

Propos recueillis par Charles Delestre

 

L’album Les Hérétiques de Rezinsky est toujours disponible : http://rezinsky.bandcamp.com/releases

Sortie du clip « Caligula » réalisé par SMOH le 21 octobre

En concert :

– le 24 septembre : en première partie de Big Flo & Oli, Fuzzyon, La Roche Sur Yon (85)

– le 10 octobre : au Festival Crash Test Session, Château du Loir (72)

– le 16 octobre : à Envie Urbaine, L’Alternateur, Niort (79)

– le 12 décembre : à Le Ferrailleur, Nantes (44)

 

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