Houellebecq ne sera peut-être pas de la rentrée littéraire 2014 mais une chose est sûre: il hante cette rentrée cinéma avec deux films, chacun très différents, mais chacun à sa façon brouillant les pistes entre fiction et réel.

Dans L’Enlèvement de Michel Houellebecq, téléfilm de Guillaume Nicloux diffusé sur Arte, l’écrivain y jouait son propre rôle. Dans Near Death Experience, du duo Delépine-Kervern, il incarne Paul, employé de France Telecom qui décide un matin de se barrer de chez lui, d’abandonner femme et enfants pour atteindre son but: se suicider dans la montagne.

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Seulement voilà, Paul n’arrive pas à se suicider, peut-être tient-il encore à la vie; en tout cas il a besoin de se sentir éloigné de la « civilisation », de comprendre ce qui cloche et pourquoi il ne veut plus vivre. L’occasion d’une longue errance dans la forêt provençale rythmée par le nihilisme poétique des monologues de Houellebecq/Paul en voix-off. Et tout y passe dans ses soliloques: un boulot d’esclave qui laisse à peine de quoi « vivre », une société de consommation qui a fait de lui un vieillard inutile et plus rentable (alors que son père au même âge était un « pépé » vénérable). Que faire d’un corps destiné de toute manière à pourrir? Quand et comment a-t-on cessé de parler de vieillesse, de maturité pour l’obsolescence? Mais ces longs dialogues intérieurs sont aussi l’occasion de renouer avec sa famille, devenue un tas de pierre proche du totem ou du monolithe de 2001, de dire à sa femme qu’il l’aimait sans doute et à ses enfants qu’il était fier d’eux.

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Des thématiques proches de Houellebecq (la dévirilisation de l’homme occidental dans nos sociétés 2.0) ajoutées à la conscience sociale, à la tendresse du regard de la caméra de Delépine et Kervern. Ces deux anciens comparses du Groland ont depuis Aaltra (leur premier long en 2006) crée une filmographie cohérente – entre absurde inspiré de Kaurismaki, Tati, road movie campagnard, bluette anarchiste – centrée autour de cette fascination, sorte de  justice rendue pour les marginaux, les freaks que notre société et même notre cinéma tentent désespérément de cacher.

Houellebecq n’est certes pas un monstre caché (quoique) et Paul n’est pas un personnage sympathique mais il est humain. A l’image de ce film, sorte d’ovni cinématographique tourné avec une caméra « obsolète » au grain quasi-amateur. Near Death Experience: un poème funèbre, expérience tant littéraire que visuelle boostée au burlesque, à cette folie douce qu’on attendait de cette rencontre entre deux contrebandiers du cinéma et un écrivain à part.

 

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