Dans les chocs des titans les plus célèbres, on trouve celui du pain au chocolat vs. chocolatine, Quick vs. McDo, Granola vs. Pepito… et la musique produite par les majors face à celle faite en indépendant. Bah ouais morfale, t’as cru qu’on allait parler de bouffe pendant combien de temps ?

Majors vs. indés, donc. Depuis l’émergence de l’industrie musicale dans la seconde moitié du XXème siècle, le marché s’est très vite segmenté. D’un côté, les (trois) labels de musique s’appropriant plus de 70 % (les fameuses majors) de ventes mondiales et les labels qui produisent de la musique sans leur support (et donc en indépendant).

 

QG d'UMG (Creative Commons)

Quartier Général d’UMG à Santa Monica (Californie) (Creative Commons)

Avec 33,5 % de parts de marché en 2015, Universal (filiale de Vivendi) est la plus grande major au monde.

Si la relation entre les deux camps peut s’apparenter à un combat entre David et Goliath, la réalité est un peu plus complexe que cela. Alors, prépare ton pop-corn, pour assister au match du siècle : majors vs. indés.

 

Dans le coin bleu : les majors

Universal, Sony, Warner. Dans cette ordre bien précis, ce sont les trois entreprises qui ont la mainmise sur le marché. Pas de distinction d’âge, de sexe ou de genre musical, ces compagnies ont un pied dans tout. Kanye West, Madonna, David Guetta, AC/DC… toutes ces pointures y sont signées. L’intérêt pour un artiste d’y signer est notable. 

Distribution garantie en grande surface, communication avec les grands médias, studios loués, collaborations entre artistes facilitées… Le saint Graal, c’est pouvoir créer son label au sein d’une major. Là encore, les exemples sont légion. G.O.O.D. Music pour Kanye West, Aftermath de Dr. Dre, feu Roc-a-Fella de Jay-Z ou encore Apple Corps des Beatles. Ce type de labels, que l’on nomme Vanity imprint en V.O. , permet à l’artiste-PDG d’obtenir, entre autres, un pourcentage sur les ventes de ses artistes signés. 

Tout baigne sous le soleil, alors ? Pas vraiment, à en croire de de nombreux artistes, «Pour 99,9 % des artistes sur la planète, la pire des choses qu’ils puissent faire est de signer avec un major». Ouch. La punchline balancée par Moby en 2011, témoigne bien du niveau général de mésentente envers ces entreprises.

 

Image de prévisualisation YouTube

Moby, l’auteur du classique «Porcelain» a dévoilé un nouvel album en 2016, « These Systems Are Failing»

Artistes formatés, singles taillés pour le format radio, musiques incapables de s’extraire du format couplet-refrain-couplet… Les critiques du système major, entre mythe et réalité, sont lourdes de sens.  A ne pas oublier: c’est à la major que, de prime abord , revient la propriété intellectuelle de la musique (on parle alors de masters), et non à l’artiste. L’un des cas les plus illustres est celui du regretté Prince.

Initialement signé chez Warner Music, il s’est engagé dans un bras de fer juridique face à son label pour récupérer ses masters.  «Les labels (de majors, NDLR) craignent, c’est la simple vérité » assène Chance The Rapper.

L'auteur de cette cover est Brandon Breaux, qui a aussi collaboré avec Chance The Rapper sur Acid Rap et 10 Day, ses mixtapes précédentes.

L’auteur de cette cover est Brandon Breaux, qui a aussi collaboré avec Chance The Rapper sur Acid Rap et 10 Day, ses mixtapes précédentes.

Fun Fact: la cover de Coloring Book a été pensée pour dépeindre Chance en train de tenir dans les bras sa fille, d’où le sourire 🙂

L’artiste indépendant, qui a dernièrement sorti la mixtape acclamée (et gratuite) Coloring Book, savoure sa liberté hors-major : «J’ai sorti un track qui s’appelle Home Studio, tout simplement parce que je l’ai fait dans mon studio. L’idée derrière est que je peux publier un son qui sera écouté par 100 000 personnes dans le monde en moi de huit heures». Le salut se trouve-il dans l’indépendance ?

 

Dans le coin rouge : les indés

Être son propre patron et être maître de sa musique : voilà la promesse savoureuse de la musique indépendante. Ainsi, de nombreux labels se sont lancés dans l’aventure: Rough Trade, Young Turks, Warp, Ninja Tune, XL Recordings, …

Et leurs artistes sont loin d’être confidentiels : on parle d’ici de types comme Kaytranada, Jamie XX ou encore Amon Tobin. Le choix de l’indépendance, en incluant évidemment des dépenses personnelles conséquentes (promotion, distribution…) , permet une plus grosse redirection des revenus vers l’artiste.

Chance The Rapper, cité précédemment, tire des bénéfices de tournées, de merchandising (= vente de tee-shirts,…) et de partenariats exclusifs, comme avec Apple, en l’occurrence.  Le succès de ce créneau ne doit toutefois pas exclure la réalité de l’indépendance.

Image de prévisualisation YouTube

Le chouchou de la rédac.

Naïve, un label français indé, en est un bon exemple.  La société (qui compte Jeanne Added dans ses rangs) a été reprise par Believe Digital, après une longue période de redressement judiciaire. « Depuis quelques années, on gérait la pénurie. On est victime, comme d’autres, du déclin rapide du physique (CD) que l’augmentation du téléchargement légal et du streaming ne permet pas compenser » déclarait Patrick Zelnik, fondateur de Naive.

La Superbe, premier album de Benjamin Biolay, a été distribué par Naive Records.

La Superbe, premier album de Benjamin Biolay, a été distribué par Naive Records.

Pourtant, la musique indépendante a un allié à en faire trembler les majors: Internet. Que ce soit par la communication (Twitter, Facebook), le crowdfunding (Kickstarter, Ulule) la vente (Bandcamp) ou le streaming de musique (Soundcloud, Youtube), une tonne d’outils gratuits sont à la portée des artistes pour sortir de la musique de façon autonome.

Malgré tout cela, la signature en maison de disques reste souvent le schéma classique. Prenons comme exemple A$AP Rocky et Trinidad James. Deux rappeurs qui ont cartonné sur le net, pour finir signé l’un chez Sony, l’autre chez Universal. La fin de l’histoire fut plus triste pour Trinidad James, lâché par son label deux ans plus tard. “L’herbe est toujours plus verte ailleurs”, comme disait l’autre…

La victoire aux points est décernée à…

Toi. Eh ouais, mon pote, toi. T’as passé ton temps à grailler mais c’est toi le vainqueur.  En tant qu’auditeur, tu as de plus en plus d’opportunités à découvrir des perles indés (remember FKA Twigs ?) tout en écoutant nos bons gros Jay-Z, les Rolling Stones ou Taylor Swift (on a tous nous pêchés mignons hein). Mention spéciale pour les musiciens: en major ou en indé, en 2016(7) c’est votre chance, les gars. Tous les chemins mènent à Rome, à condition d’y mettre le prix.

Comments

comments