Une veuve mono-parentale hérite de la garde de son fils, un adolescent TDAH impulsif et violent. Au coeur de leurs emportements et difficultés, ils tentent de joindre les deux bouts, notamment grâce à l’aide inattendue de l’énigmatique voisine d’en face, Kyla. Tous les trois, ils retrouvent une forme d’équilibre et, bientôt, d’espoir.

Mommy

Depuis le mois de mai, c’est à dire depuis la dernière édition du Festival de Cannes, personne n’a pu échapper au phénomène médiatique Xavier Dolan, aux critiques exceptionnelles lors des projections et de son discours émouvant lors de la remise du Grand Prix. Les médias passionnés et le public ont continué à faire vivre cette attente jusqu’au mercredi 8 octobre. Cette célébration était elle fondée ? Il est vrai que le film a bénéficié d’une compétition morne, triste et grise. Comment ne pas succomber à la fougue de Xavier Dolan quand dans la même compétition est présent The Search, The Homesman ou Mr Turner ? Et que dire des imposants Leviathan et Winter Sleep ?

Face à cet académisme, le jeune réalisateur fonce tête baissée avec une sincérité désarmante. Après le romantisme de Laurence Anyways (son meilleur film sans compter Mommy) Xavier Dolan embrasse une maturité toute nouvelle. Il abandonne sa mise en scène pop pour un cadre bien plus construit au plus près de ses personnages. Terminé les gros plans sur les bouches, les mains, les bibelots immondes, les plans flous … Désormais il va à l’essentiel pour toucher le spectateur au plus profond. Ses personnages sont toujours aussi excessifs mais ont en eux quelque chose qui crée une empathie directe. Marginaux, des êtres brisés qui s’entraident entre deux engueulades pour mieux avancer, ils nous font rire lors de dialogues aux rythmes magnifiques où les insultes fusent. Ils hurlent, pleurent, mais restent toujours forts et croient en un avenir meilleur tout proche. C’est le cas de Steve, lorsque celui ci quitte son établissement spécialisé, pour retourner vivre chez sa mère. Mère qui, lors d’une scène poignante comme on en avait plus vu depuis le final de Six Feet Under, s’éprend à rêver. Le temps d’une scène fantasmée, elle s’imagine le futur brillant de son fils et c’est alors que le cadre devient plus large, quittant son aspect 4:3 pour du 16/9. C’est là l’un des secrets du cinéma de Xavier Dolan : avec quelques artifices il parvient à émouvoir son spectateur tout en produisant un effet rarissime dans son oeuvre : la forme sert le fond avec pertinence et justesse . Par deux fois l’écran devient plus large, la première fois pour montrer la soif de liberté du personnage principal.

Liberté, ce concept que Xavier Dolan filme grâce à un caddie, une danse sur Céline Dion… Jamais sa playlist n’aura été aussi ringarde : Céline Dion, Lana Del Rey, Oasis… Pourtant la sincérité est telle qu’il sera difficile de retenir ses larmes. De plus, les formidables interprétations d’Antoine-Olivier Pilon, Suzanne Clément et surtout d’Anne Dorval, auront raison de votre scepticisme. Oui le public et les critiques aiment ce film qui emporte tout sur son passage. « Les sceptiques seront confondus » nous dit Diane au début du film.

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Dans une période où les films de festivals remportant des prix sont tous aussi froids les uns que les autres (Leviathan sa violence et sa corruption dans les neiges russes, Winter Sleep sa violence orale dans les neiges turques, The Tribe son hyper violence et ses avortements plan séquence dans les neiges ukrainiennes…) Mommy fait figure d’outsider et nous apporte sa chaleur humaine, sa nostalgie, ses rêves. Voilà des personnages avec qui nous osons rêver, que nous accompagnons vers leurs espérances, avec qui nous nous effondrons lorsque la difficulté surgit. Et pour Xavier Dolan, il est fort à parier qu’avec un tel talent et une maturité évidente désormais, la Palme d’Or est pour le prochain film.

Un film vertigineux, sincère, splendide. Plus rien ne peut arrêter la jeunesse au cinéma.

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