Chaque année, Marsatac cherche à se réinventer en gardant une identité qui lui est propre. De l’audace dans la programmation, tout en gardant sa « patte » de festival emblématique de Marseille.

Cette 19ème édition a été l’année des surprises et des défis, puisque le Festival a changé à la fois de date – en juin plutôt qu’en septembre – et de lieu – au Parc Chanot cette fois-ci.

Un œil alléché sur la programmation, Union Street est allé voir ce que ça donne, la fête à la marseillaise et vous raconte.


Line-up torride : Marsatac enflamme le Parc Chanot

L’édition 2016 avait marqué le retour du hip-hop dans la programmation de Marsatac. Pour cette 19ème édition, les programmateurs ont maintenu cette dualité artistique avec une programmation entre hip-hop et musiques électroniques, faite de lives, de dj sets. Le geste est proclamé, c’est d’un rouge écarlate que sera peint notre week-end du 23 et 24 juin. Des stars, des petits nouveaux, des artistes plus confidentiels, …cette fois encore, une programmation plutôt éclectique marquée évidemment par (quoi ? vous êtes passés à côté ?) le grand retour sur scène de la Fonky Family. Une programmation fidèle au festival, vrai rendez-vous alternatif de musiques urbaines et électroniques depuis 1999.

Les marseillais connaissent le Parc Chanot, comme étant le Palais des congrès et des expositions de la ville. Peu comme un rendez-vous de mélomanes… A l’annonce du lieu choisi pour la 19ème édition du Festival, nous avions émis quelques doutes : les lieux seront-ils à la hauteur de l’âme « Marsatac » ?

La qualité de la programmation était au rendez-vous, l’infrastructure beaucoup moins. A commencer par une qualité de son regrettable dans le Grand Palais, scène de toutes les têtes d’affiches, Fonky Family au sommet.

Dès les premiers morceaux, il est difficile de différencier les voix de la prod, il est même compliqué de reconnaître le titre joué. Ce n’est pas la faute du groupe qui fait le taff sur scène, et plus que bien. Ça ne décourage pas non plus le public de passionnés, dans la salle comme à la messe, subjugués par le retour tant attendu des messies de la sainte FF. On sue, on crie, on est heureux, et si on n’entend pas les paroles, peu importe : à Marseille, on les connait par cœur, et on perd nos cordes vocales sur le glorieux final, « Art de rue ».

Nouvel essai au Grand Palais le lendemain, avec Die Antwoord. Le son est meilleur, mais c’est encore problématique pour apprécier à 100 % le show incroyable livré par le duo sud-africain, sur une scène transformée d’effets visuels. Accompagnés de leurs danseurs, Ninja et Yolandi sont comme des machines et ne laissent aucun répit au public en transe. Flow millimétré, tenues et visuels dignes d’un Burning Man (on exagère, mais eux aussi et ils le font bien), on n’a pas su reprendre notre souffle.

Et juste avant, Vald est passé dire bonjour. Pogos en chaîne.

Après la claque Die Antwoord, un peu sonnés, on rejoint le Palais de l’Europe où joue le marching band allemand Meute. Très intrigués par cette proposition, qui fait de la techno en fanfare (sans jeu de mots), nous ne sommes pas déçus. C’est une vraie découverte qui nous attend : des « reprises » de morceaux électro et techno aux percussions et cuivres, performées par des musiciens impressionnants d’énergie. On retient la reprise de Disclosure x Flume, en réel échange avec le public.

Un cocktail réussi, dont on ressort euphoriques. Ils sont partis trop tôt et on a mal aux pieds. A retrouver en live très vite !

C’est aussi ça Marsatac, passer d’une bande de joyeux trompettistes allemands à un rappeur estonien inconnu du rap game jusqu’à récemment, à l’univers sombre et fantasque, et qui nous avait un peu surpris il y a quelques mois avec le clip de « Winaloto », réalisé par l’artiste lui-même. TOMM¥ €A$H, seul sur scène, orchestre le live à lui seul, mêlant flow et hurlements rauques, comme pour mieux contaminer le public de sa révolte. Il y a du Bones et du Die Antwoord dans son univers, le post-soviétisme en plus.

Le crew Bon Gamin a encore prouvé que la nouvelle école gagnerait à être mieux connue et reconnue à Marseille. Un public clairsemé mais déterminé, enchaîne les pogos devant les exclus du crew. En 2016, Myth Syzer était passé à la Friche avec Bonnie Banane. On serait heureux de les y retrouver.

Elle était présente à l’édition dernière, on la retrouve cette fois avec encore plus d’impatience, c’est Little Simz, killeuse londonnienne de 23 ans. A l’aise sur un banger ou au chant, accompagnée à la guitare, elle tient la salle en haleine.

La veille, on a assisté au premier concert du tandem français The Blaze. Encadré par deux écrans en mouvement, le duo transporte le public et livre un live à l’instar de leurs récents projets : une esthétique soignée qui montre que chez eux, la musique et l’image sont nettement liés. Programmés en début de soirée, on aurait peut-être aimé un live un plus tardif, pour pouvoir l’apprécier plus longuement.

Le vendredi, c’est aussi l’occasion de découvrir d’autres projets en live, comme De la soul en live band suivi d’Allta, notre 20syl national allié au rappeur californien Mr.J.Médeiros. A eux deux, ils sont la bonne équation entre hip-hop et musique électronique. Ultra généreux avec le public, rien n’est laissé au hasard : les visuels, la scénographie et les performances des deux artistes.

Et comme d’habitude, Marsatac fait la part belle aux artistes locaux, avec Kid Francescoli, Abstraxion ou les rappeurs de la Guirri Mafia.

Pour finir, ou presque, Nicolas Jaar, aux commandes du Palais Phocéen pour deux heures de live. Auréolé de néons, il exalte le public en alternant morceaux contemplatifs et lignes de basses hypnotiques. Inclassable, ce savant fou aux multiples influences est multitâche : il fait tout et il le fait bien. Accompagné de sa voix, d’un saxophone, sur scène il reproduit son univers et le décuple, on en a la chair de poule.

Un cap de franchi ? Rendez-vous en 2018 !

Cette date en juin laissait présager un moment estival et festif, nous n’avons pas été déçus. La programmation avait de quoi satisfaire les plus pointilleux, les plus fêtards, les plus mélomanes, les plus gangstas d’entre nous : les artistes ont tous été au rendez-vous, présents à 200 % sur scène et pour leur public.

Le lieu était la déception de cette 19ème édition. Le Parc Chanot, malgré son accessibilité et sa situation centrale dans la ville, dénature ce à quoi nous sommes habitués, de la part de Marsatac. Bousculer ses habitudes, on est tous pour, d’autant plus dans une ville qui peut être facilement menacée par l’indolence. Bousculons, donc. Mais malgré les efforts d’organisation (halls facilement accessibles, qui permettent d’assister à un maximum de concert), nous restons perplexes.

On regrette les scénographies psychédéliques de l’édition précédente, remplacées par des projections lumineuses sur les murs des salles et sur le Vélodrome, moins originales. On regrette aussi la chaleur de la Friche, qui privilégie le contact et la déambulation. Un hangar est un hangar, difficile de s’y trouver aussi bien pour l’apéro.

Malgré ça, on fait confiance aux équipes de Marsatac, qui en était à leur coup d’essai. Appréhender un nouvel espace, cela peut prendre du temps et des moyens, surtout en ces temps difficiles pour les festivals – quelques annulations douloureuses cette année, comme le Festival Lives au Pont ou le Positiv Festival.

Marsatac pense à son public et la jauge du Parc Chanot est un moyen de convoquer toujours plus de passionnés : de bons ingrédients pour continuer à représenter les festivals du sud et faire exister Marseille en France, et pourquoi pas, à l’étranger, comme ville de fête et de musique.

Cette année, 26 000 festivaliers ont répondu présents et de nombreux rendez-vous se sont multipliés : concerts hors-les-murs et/ou gratuits à Paris et Marseille, une after party. C’est aussi ça Marsatac, le mélange des genres et des publics, avec pour point de rencontre, la musique.

On est impatients de se retrouver pour la 20ème édition, en juin prochain !

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