Est-il encore nécessaire de présenter Mad Max? Sommet de western post-apocalytpique né en 1979 – l’incarnation du genre ozploitation pour beaucoup de cinéphiles – à l’évènement de l’été, de Cannes et pourquoi pas de l’année 2015? Avec toujours une même personne à la manoeuvre, Monsieur George Miller à qui l’on pardonnerait presque Babe 2  et Happy Feet.

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Pourquoi publier la critique de Mad Max: Fury Road 3 jours après sa sortie; une fois que le buzz cannois et parisiens sont éteints? Précisément pour éviter l’effet buzz, pour avoir le temps de se remettre de la claque visuelle que ces Australiens dégénérés nous ont foutue en pleine gueule et parler du film sereinement. Coup de génie? Ça c’est certain! Film de l’année? Y’a des chances. Chef-d’oeuvre? N’allons peut-être pas jusque-là.

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En tout cas, force est de constater que George Miller réussit son pari dès la première séquence du film:  effacer de nos mémoires le très kitsch troisième épisode et son côté « world cinéma tribal » (qui a sûrement du inspirer la scènes e rave party dans Matrix Reloaded) et surtout reconstruire une nouvelle mythologie post-apo, plus barrée, plus riche visuellement qui réconcilie les puristes et le nouveau public. En à peine 20 minutes, le film atteint des sommets d’esthétique, d’action, de tension pour ne jamais (ou presque) les quitter.

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Il faut dire que Miller a l’intelligence de jouer la carte du scénario épuré (certains diront inexistant) pour s’atteler au coeur du film: une course-poursuite de deux heures; une immense partouze de trouvailles visuelles et esthétiques qui risquent de mettre K.O tous les blockbusters à venir (San Andreas par exemple…).

Exit donc les discours écolos autour de l’énergie et de la pollution et la critique farouche d’une société contemporaine bouffée par son consumérisme. Miller n’insiste même pas sur un thème pourtant central dans la première trilogie: la solitude de Max Rockatansky errant entre le monde de barbares prédateurs et les restes de civilisation, incarnés par la famille, le travail; symbolisant raisin un espoir pour l’humanité. Non, le réalisateur australien préfère zapper tout ça: en 2015, la menace vient de l’intérieur d’un ilôt de civilisation; une menace incarnée par Immortan Joe, un chef de guerre qui a fait main-base sur toutes les ressources de son oasis pour asservir la population. Eugénisme, féodalité, paganisme et intégrisme religieux (les guerriers les plus valeureux ont droit au Valhalla, ou le repos du soldat dans la mythologie scandinave) sont les outils de sa domination.

C’est précisément pour fuir cette prison que Mad Max cherche à s’échapper, croisant dans son évasion l’Imperator Furiosa qui mène vers leurs libertés les futures femmes du despote. Et c’est au bout de 10 minutes que l’action réelle commence: un détournement de convoi en plein désert suivi par la gigantesque course-poursuite qui est le vrai coeur du film. Des centaines de cannibales fanatisés et high au chrome après un vagabond qui tente de ramener quatre belles jeunes filles en lieu sûr.

Entre tout ça, des tempêtes de sable, une guitare en feu et des tonnes d’explosions menées sur un rythme déchainé. Aucun temps mort, même si le film n’hésite pas aller parfois du côté du burlesque voire du kitsch – comme l’apparition des jeunes filles en train de s’asperger d’eau en pleine canicule – pour donner plus de corps à ce monde totalement absurde qui emprunte aussi bien aux classiques du film d’action australien qu’aux compositions baroques de Géricault ou Jérôme Bosch.

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Beaucoup ont critiqué la minceur du scénario et c’est vrai qu’on en vient parfois à regretter certains des temps morts du film. ces moments de pure reflexion sur la nature de l’homme, son rapport à la nature et la violence, indispensable pour survivre. Miller balaye tout ça d’un revers de la main dès la séquence pré-générique du film: Max Rockatansky a un passé, a autrefois été un père de famille mais n’est plus qu’aujourd’hui qu’une bête errant pour sa survie. Son vocabulaire même s’en ressent, Tom Hardy devant jouer une partition faite surtout de grognements.

Le Mad Max 2015 n’a rien à voir avec le justicier solitaire voire le surhomme des années 80. En fait, Miller s’en fout; il ne cherche pas à faire un remake ou même un reboot mais veut remettre à plat tout son univers quitte à remettre en question son oeuvre originelle. Le but de Miller est de tendre vers l’abstraction la plus totale pour fournir la quintessence du film d’action: une oeuvre viscérale qui tient sur de la pure adrénaline. Et c’est à ce titre que Fury Road est une grande oeuvre de cinéma. Mais ce qui différencie probablement le long métrage des grosses productions contemporaines – outre ses paysages, ses bolides de bric et de broc et ses costumes ahurissants – sont ses chocs vertigineux.

Parce que rien ici ou presque n’est ici travesti par des images de synthèse, le réel est donné à voir dans toute sa rugosité et sa tangibilité. D’où ces accidents prodigieux. Une sorte de film-miracle fait de sang, de sueur et de pisse et qui nous fait oublier un temps les super-héros en collants devant des fonds verts. Witness!

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A voir en complément: bien sûr les Mad Max originaux (surtout le 2) et le documentaire Not Quite Hollywood sur l’histoire de l’ozploitation, ce genre post-apocalyptique made in Australia, fait de désert, de mecs souvent bourrés et de jolies filles pas toujours farouches. En attendant la sortir de These Final Hours prévu pour juillet prochain!

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