Pour les fans de cet Eric Rohmer coréen, inutile de vous présenter Hong Sang-soo, réalisateur prolifique qui en est à son quatrième long depuis le début de l’année.

Pour les autres, il faudrait d’abord regarder quelques films de l’auteur pour mieux apprécier cet oeuvre d’une bonté et d’une cruauté lisses mais confondantes. Après avoir fait des variations presque surnaturelles dans In Another Country, mis en scène les tourments de l’Amour dans Sunhi et Haewon et les Hommes, puis joué avec la chronologie. Quand les lettres se perdaient et se rassemblaient dans le mauvais ordre, après avoir raconté deux versions de la même histoire, à quel nouveau jeu nous invite le réalisateur ?

Celui qui a toujours avoué en entretien qu’il était amusant de faire des films sait que nous les attendons en sachant d’avance que nous allons être ensorcelés.

Nous essayons désormais de désamorcer ses incroyables artifices. Mais Hong Sang-soo a plus d’un tour dans son sac. Ses réalisations sont de plus en plus épurées comme le prouve ce magnifique noir et blanc contrasté, cette mise en scène qui ne s’encombre plus de rien. Dans ses films il est toujours question de conversations où les protagonistes se livrent, aiment, vivent autour d’un repas toujours très alcoolisés. Ici, la majorité des scènes se déroulent assis autour d’une table, et les quatre personnages principaux règlent leurs comptes face à une caméra calme comme jamais.
Les bars de Séoul sont le théâtre de ces amours déçus, de ce personnage masculin lâche, partagé entre sa maîtresse et sa femme, menteur et cabotin, sentimental dans le fond. Disons que la nouveauté ici est l’absence du film. Le film est passé, terminé. Comme la magnifique Aerum, personnage principal, le spectateur est témoin d’un homme hanté par sa maîtresse qui a quitté Séoul, d’une femme esseulée et trompée. Prise à partie par la femme de son directeur qui pense qu’elle est sa maîtresse, Aerum, comme le spectateur, doit rassembler les pièces que le réalisateur nous lance, des pièces du passé, pour comprendre l’histoire, le scénario, de cette histoire d’amour vaudevillesque dont les personnages ne semblent pas prêts de se détacher.
Un film au passé, le présent au conditionnel, une épure totale, bref, un film pur comme on les aime chez Hong Sang-soo. Sa ritournelle résonne encore dans nos têtes comme les sentiments tourbillonnants de ses personnages, perdus dans l’alcool, perdus en amour. Bientôt, le réalisateur sortira sur nos écrans son film tourné pendant le Festival de Cannes 2016 avec Isabelle Huppert. Et on a hâte de repartir pour un jeu de piste avec ce super réalisateur coréen.

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