Comme promis voici l’interview du beatmaker MKL sur lequel nous avions rédigé une petite chronique il y a quelques semaines. MKL nous livre ici son point de vue sur le beatmaking, nous confie son analyse sur le hip-hop, et nous partage son savoir-faire et son envie de développer des projets…

 

US: On commence par ta petite présentation si tu veux bien ?

MKL: Oui, Mickaël de mon vrai prénom, et MKL de mon pseudo. Les gens verront peut-être MKL Many Me se faire aussi. Many Me, c’est le nom que je voudrais donner à une future entité qui serait un label, une structure pour travailler avec d’autres artistes.

Ca fait donc 15 ans que je fais du son. J’ai fait l’ESRA, une école d’ingé son et la SAE. Et après, je me suis lancé parce que j’avais réussi à me constituer un petit studio. J’ai surtout composé très rapidement, vu que je rappais à la base. J’ai composé pour moi, puis après rapidement pour les autres. Et du coup, j’ai mis à profit d’avoir un studio pour les autres artistes pour produire.

J’ai travaillé pour la télé et pour plein d’artistes indépendants surtout. J’ai fait un gros truc quand même dont je suis pas mal fier, une émission télé qui s’appelle « le JT de Derka », le JT agité sur W9. Je faisais toute la partie son.

 

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« Le beatmaking (…) finalement j’en faisais déjà il y a très longtemps »

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US: Peux-tu me donner comme point de départ ta définition du beatmaking?

MKL: Je dirais que c’est une discipline qui devrait être intégrée à part entière dans le hip-hop à côté du deejaying. Je pense que ça vient vraiment du fait que la technologie ait évolué, surtout la technologie informatique qui a permis assez rapidement d’accéder à des programmes de plus en plus simples pour pouvoir composer rapidement, pouvoir coucher des idées en un éclair.

Après si on remonte un peu avant, on n’appelait pas ça du beatmaking à l’époque. En fait c’est un nom qui est apparu y’a pas très longtemps. Je me rappelle qu’à l’époque quand j’étais sur MPC, je ne faisais pas du beatmaking. Je composais sur MPC, point.

Le beatmaking, je n’avais pas l’impression d’en faire mais finalement j’en faisais déjà y’a très longtemps à mes débuts. Je trouve que c’est un joli mot, même s’il est un peu réducteur. Quand tu fais du beatmaking, je n’ai pas l’impression qu’on puisse te prendre très au sérieux. Je ne sais pas si cette appellation est bien comprise des gens finalement.

 

 

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« … Le mec qui était sur une île déserte et qui revient, il constatera que les artistes ne font plus ce qu’ils faisaient deux-trois ans plus tôt… »

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US: Quel est ton rapport avec le hip-hop depuis que tu as commencé le son? Et même avant?

MKL: Mes deux frères étaient dj’s, ils écoutaient de tout comme du Ménélik. Je suis venu au hip-hop par le rap français. Et après, j’ai exploré moi-même l’univers. J’ai été touché par IAM à l’époque, forcément.

Et il a fallu que je fasse la connaissance de mon meilleur ami pour découvrir plus amplement le rap américain : Primo, Pete Rock.

Je me suis retrouvé chez lui avec tous ses vinyles. Il m’a fait découvrir plein de trucs. Depuis ça ne m’a pas lâché, j’écoute de tout. Là sur le chemin j’écoutais de la progressive, mais le hip-hop ça reste quand même mon premier amour.

Je trouve que c’est le style qui se renouvèle le plus. Et pour te donner un exemple, le mec qui était sur une île déserte et qui revient, il constatera que les artistes ne font plus ce qu’ils faisaient deux-trois ans plus tôt. Ça va à une vitesse folle, c’est ça qui est vraiment très bien.

 

US: Quand seraient apparus les beatmakers selon toi ?

MKL: On les appelait des dj’s. Beaucoup s’appellent dj quelque chose, c’était souvent ça qui se faisait à l’époque. Le terme beatmaking je ne saurais pas te dire s’il avait été employé à l’époque de Run DMC et tout. Je ne pense pas. J’ai l’impression que c’est une appellation qu’on leur donne aujourd’hui mais qu’eux-mêmes ne s’appelaient pas beatmakers.

On les appelle tous des beatmakers aujourd’hui à partir du moment où il y a une boîte à rythme qui tourne. Ce nom là est sorti naturellement parce qu’ils étaient vraiment sur quelque chose de rythmique.

 

US: Pourquoi cette importance autour du beat et cette puissance du rythme ?

MKL: Je crois que c’est la culture hip-hop qui veut ça. Au départ, ça samplait beaucoup. Ce qui faisait la différence entre la chanson originale et le son pris par le rappeur, c’était juste le fait d’avoir mis une rythmique dessus. Souvent on gardait même la bass et ce n’était qu’un sample qui tournait avec un beat dessus.

Je pense que c’est parti de là, et que ça a pris de l’ampleur. Il y a cette sensation de lourdeur liée à la bass et au claquant de la caisse claire qui s’est développée et qui n’a pas arrêté de progresser pour arriver à la trap aujourd’hui. On a le meilleur des deux mondes là. On a les infra les plus profondes et puis les caisses qui claquent vraiment.

Mais si tu écoutes des sons vraiment très anciens, genre Run DMC, ça commençait déjà à bien frapper à l’époque. DJ Premier et Pete Rock ont mis un gros coup dans le milieu aussi parce que leurs beats étaient encore pires qu’avant. Je pense que c’est vraiment juste culturel.

 

US: Pourrais-tu nous expliquer comment un beatmaker compose un morceau? Comment fais-tu ?

Je crois qu’on a chacun nos méthodes. Il y en a qui commencent par le beat, il y en a qui ont une mélodie. Comme moi par exemple quand je suis dans la salle de bain, coup de dictaphone, et dès que j’ai l’occasion je remplace ma mélodie par un instrument. Il y en a qui commencent par le sample. Il n’y a vraiment pas de recettes.

Quand tu pars d’un sample, tu vas naturellement lui mettre une rythmique dessus. Quoique ce n’est pas toujours le cas. Puis tu vas pouvoir rajouter des éléments dessus. Et là tu vas rentrer dans une phase d’arrangements.

Après, il y a des chansons qui n’ont aucun sample sauf les rythmiques. Du coup, là on part vraiment sur une composition pure sans avoir eu une influence par rapport à une mélodie entendue. En tout cas, tu vas partir d’une page vierge et tu vas la remplir.

 

 

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« …DJ Premier et Pete Rock ont mis un gros coup dans le milieu… »

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US: Par exemple, si l’on prend « Keepin’ It Real », qu’as-tu samplé et qu’as-tu composé?

MKL: J’ai été inspiré par le morceau de Maria Carey, « Fantasy » avec Ol’ Dirty dessus. J’avais entendu le « Keepin’ It Real » au début, et je me suis dis qu’un jour je le reprendrais. Je voulais juste reprendre ça à la base. Un soir j’étais motivé, et je me suis rappelé que j’avais eu cette idée là. Donc j’ai samplé le « Keepin’ It Real ».

J’ai commencé le son en essayant beaucoup de choses. Et en écoutant le morceau un peu plus loin, il y a la voix de Mariah Carey qui retentit. Je me suis dis pourquoi pas sampler aussi sa voix qui me donnera une tessiture globale et surtout un accord premier. Je suis donc parti de cet accord.

 

US: Quels beatmakers t’ont le plus inspiré?

MKL: Tous (rires). Je les ai tous écouté. Ils ont tous leur patte mais celui qui m’a mis le plus de claques…ce n’est pas évident comme question, c’est la première fois qu’on me pose ça.

 

 

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« …vers dix ans, j’avais commencé à démonter un ordinateur pour savoir comment c’était fait. Je crois que je suis un geek à la base. »

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US: Pour toi, a-t-il été facile d’utiliser tout le matériel au début ?

MKL: Ça ne m’a pas paru difficile. Ma mère m’a donné cette anecdote : un jour ils ont acheté une télé, et ils l’ont déballé. J’avais treize ans. J’ai pris la télécommande et en un quart d’heure je savais changer de chaîne, programmer, faire le scan des chaines sans lire la notice. Et puis vers dix ans, j’avais commencé à démonter un ordinateur pour savoir comment c’était fait.

Je crois que je suis un geek à la base. Et vu que j’ai démarré sur ordinateur, ça ne m’a pas paru difficile. Ce qui m’a paru complètement difficile par contre c’est de faire sonner les sons. Enregistrer, ça ce n’était rien mais faire sonner les sons, c’était compliqué.

 

US: On sait qu’on est parti de techniques de « débrouille » peu coûteuses dans la culture urbaine. Aujourd’hui le matériel est-il encore accessible financièrement ?

MKL: Plus que jamais. Aujourd’hui si tu as un ordinateur, si tu as un pote qui s’y connaît un peu en internet, il te télécharge ce que tu veux. Et tant mieux dans un sens parce qu’on passerait à côté de génies. S’il faut absolument payer le logiciel, tu vas peut-être empêcher quelqu’un de faire du beatmaking ou de se mettre à la compo. Ça va peut-être lui provoquer quelque chose qui n’est pas positif pour lui.

Avant c’était très cher, fallait acheter ta MPC, acheter les logiciels. Moi j’ai démarré avec une démo de logiciels qui était limitée à 30 minutes. Quand tu as 30 minutes pour faire un morceau, t’as plutôt intérêt à savoir où tu vas. Ca a forgé le caractère et le fait d’être assidu.

 

US: Le beatmaker est de plus en plus présent. On entend de plus en plus ce terme depuis une dizaine d’années. Penses-tu que le beatmaker à réussi à gagner en reconnaissance et en légitimité? 

MKL: C’est vrai, mais ça reste quand même une niche. Ce qui est bien c’est qu’il y a des médias comme Union Street qui vont être capables de faire un article sur quelqu’un qui fait du beatmaking. Donc ça s’est démocratisé oui. On s’intéresse vraiment à la personne qui est derrière le son qu’on entend. Mais trouver des beatmakers purs qui ne posent pas pour des artistes, il faut aller à la recherche quand même. Soundcloud a aidé énormément.

Il ne faut pas vivre en France je pense, tout simplement. Quand tu vois Kaytranada, tu as le meilleur exemple. Le gars a explosé en tant que beatmaker et il est passé de beatmaker à artiste.

Ryan Leslie aussi a fait en sorte que le beatmaking soit quelque chose qui fasse rêver. Je crois que lui a vraiment été le point de départ en beatmaking. On n’avait jamais eu de making of aussi léchés que les siens.
Lui m’a donné envie de sortir de ma grotte. Ryan Leslie a permis une bonne démocratisation en montrant ce que c’était.

 

US: Crois-tu que ce soit aussi lié au fait que les beatmakers se sont beaucoup détachés des rappeurs ces derniers temps ? J’ai l’impression que les beatmakers prennent leur envol et deviennent beaucoup plus autonomes dans le hip-hop, qu’en penses-tu?

MKL: Ça y contribue de fou. Il y a plein de gens qui placent partout mais qui font leur EP à côté.

 

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« …Je me suis vite dit que ça serait bénéfique d’écouter de tout. Parce que c’est l’essence du hip-hop finalement, s’inspirer de tout. »

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US: A part le hip-hop quelle musique t’a forgé?

MKL: Tout. Même Rammstein que j’ai beaucoup écouté. En fait, j’écoutais tout quoi qu’il en soit avec mes frères. Après, il y a des choses qui ne passaient pas comme le jazz.

Mais le jazz, tu y viens par la suite avec par exemple Primo qui a mixé tout le jazz existant je pense (rires), et avec Pete Rock aussi. Donc au bout d’un moment, ton oreille s’est affutée, et quand tu entends un original, tu comprends ce qui se passe.

Je me suis vite dit que ça serait bénéfique d’écouter de tout. Parce que c’est l’essence du hip-hop finalement, s’inspirer de tout. Même pour pouvoir entretenir une conversation et ne pas être largué. Je n’aime pas être largué, c’est un trait de caractère.

 

US: C’est en aimant toutes ces sonorités musicales que tu as décidé de sampler des bribes de musique et de composer à partir de ça?

MKL: Oui carrément. Tu te mets à chopper les vinyles de ton frère, les CD etc… Et tu écoutes de tout.

C’est bizarre, quand tu as composé un peu tu n’entends plus une musique, tu entends une occasion de piquer quelque chose dans la musique. Si tu me disais « qu’est-ce que tu as samplé ?» un mois après que j’ai fait le son, j’étais incapable, c’était impossible pour moi de te dire ce que j’avais samplé.

Et je pense que c’est une forme d’irrespect quand même. Mais tu sais, tu es tellement dans la course à faire les sons que finalement l’artiste passe en second plan.

Très tardivement, je me suis  quand même mis à avoir du respect. Je me suis rattrapé et je fais mon « mea culpa ». J’ai découvert qui étaient tous les artistes de jazz, Nina Simone et compagnie…

Et par exemple, si je ne peux pas sublimer un peu le travail de quelqu’un, je n’irai pas plus loin. En tout cas, si je ne peux pas faire mieux que le sample original en lui apportant quelque chose de concret, je n’y touche pas. Voilà où est mon respect peut-être.

 

US: Finalement, le beatmaker est celui qui mélange le mieux la musique d’hier et la musique d’aujourd’hui, tout en essayant d’inventer toujours quelque chose de nouveau?

MKL: Je crois qu’on est tous en quête de quelque chose dans notre son pour inventer la tendance de demain. Pharell et Timbaland notamment l’ont fait.

On est obligé de faire des aller-retours. C’est toujours en écoutant les manières de jouer d’avant que l’on va avoir une idée pour aujourd’hui.

Quand tu vois ce que vient de sortir Anderson Paak, c’est de la funk. Ce n’est pas quelque chose de nouveau finalement. Mais tu as une manière de concevoir qui est actuelle et moderne.

 

 

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« Je crois qu’on est tous en quête de quelque chose dans notre son pour inventer la tendance de demain »

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US: Il me semble que tu fais passer une certaine émotion dans tes sons?

MKL: Je suis content que tu l’ais entendu. Je n’ai pas d’événement notable dans ma vie qui me permette de rentrer dans des états d’émotions intenses. Je suis juste quelqu’un d’hypersensible.
Je suis vraiment passionné aussi par la psychologie : savoir ce qui se cache derrière les émotions… j’ai envie de rentrer dans les coulisses de tout ça.

US: Penses-tu que pour l’utilisation de tout le matériel, tes formations à la SAE et à l’ESRA  te permettent de te démarquer dans le beatmaking? Ca t’aide beaucoup?

MKL: Oui, clairement. Je l’ai appris à mes dépends en faisant les Contests. A chaque fin de Contest, j’ai toujours quelqu’un qui vient me voir et qui me dit « ton son, comme il sonnait ! ». Donc je me dis que c’est cool d’avoir fait les deux.
Ca permet vraiment de se démarquer parce que l’étape de mix est quand même super importante. Tu peux faire un super truc, mais malheureusement si ça ne sonne pas ça ne va pas marcher.

Le mix, c’est le prolongement de l’émotion que tu as mis au départ niveau artistique. Il faut réussir à ne pas dénaturer ou déguiser cette émotion là en autre chose. L’auditeur ne la ressentira pas correctement.

Aujourd’hui avec Soundcloud et compagnie, ils se sont tous forgés un type de son et une sensation sonore.

 

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« Je pense que le beatmaking est aussi en train d’exploser pour ça, parce qu’il y a des choses que les gens peuvent fredonner »

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US: On a encore un travail rappeur-beatmaker aujourd’hui à travers des featuring. Il me semble toutefois que les voix pop soient de plus en plus associées au beatmaking ?

MKL: Les voix, c’est très moderne en ce moment. Il y en avait déjà, mais en ce moment il y a un espèce d’accent sur les voix qui est complètement fou. Si tu ne mets pas de voix, ça sonne 2000 (rires). 2015 c’est « mets des voix ».
Par exemple, si je te parle d’un son et que je te fredonne ce que fait la voix, tu sais tout de suite de quoi on parle.

Je pense que le beatmaking est aussi en train d’exploser pour ça : parce qu’il y a des choses que les gens peuvent fredonner.

 

 

 

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« Je pense que le beatmaking est aussi en train d’exploser pour ça : parce qu’il y a des choses que les gens peuvent fredonner »

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US: Penses-tu que quelqu’un puisse se dire beatmaker même s’il ne porte pas un minimum l’esprit hip-hop ?

MKL: Ceux qui se mettent au beatmaking tard et qui n’ont pas pris la peine de remonter le courant, je pense que c’est pour ça qu’ils ne se sentent pas impliqués dans ce mot qu’est le hip-hop. Ils n’ont même pas idée que ce qu’ils sont en train de faire c’est issu de choses qui sont nées à partir d’autres choses. Je pense que c’est un problème. Ces gens sont mal renseignés.

Pour moi le beatmaking, ce n’est pas forcément sampler. Il faut vraiment avoir l’esprit hip-hop. On dit pas d’un mec qui fait de l’électro qu’il est beatmaker. Le mec qui fait de l’EDM, il n’est pas beatmaker.

 

US: A travers ton projet workshop qui te permet de donner des cours, le but est-il justement d’arrêter les confusions autour du terme?  Est-ce aussi pour révéler au grand jour cette technique?

MKL: C’est plus le côté technique vu par un producteur qui est intéressant. Quand j’ai fait mes études, j’ai appris le métier d’ingénieur du son via des techniciens, via des ingénieurs son qui n’avaient pas forcément tous connaissance du métier, de la musique et de ses composantes.
Ce que j’aimerais via Workshop Study’o, c’est donner des techniques pour que le son sonne, mais des techniques de producteur.
Techniquement par exemple, c’est important de savoir que pour la trap il y a des tips de production pure pour que ça fasse trap.

Workshop Study’o, c’est donner accès au plus grand nombre à ces techniques qui font sonner le son. Beaucoup se lancent et passent par certains chemins pour élaborer leurs sons. On va dire que je suis un raccourci : « Viens tu verras déjà ton son sera meilleur à la fin de la séance ».

Je le fais aussi parce qu’aux studios de la Seine à Bastille, c’est prestigieux. Et c’est une bonne occasion pour les jeunes et tous ceux qui viennent de se prendre une vraie baffe et d’avoir encore plus envie de trouver ce genre de studio.

 

 

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« Je pense que le côté autodidacte (…) va se développer. A un moment ou un autre, tu vas essayer d’explorer et ton style va s’affiner »

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US: Donner des cours n’irait-il pas à l’encontre du beatmaking qui est une technique d’autodidactes?

MKL: Ce n’est pas faux, parce que le danger c’est de calquer le style d’un autre. Quand je le fais…j’avoue je donne des tips à moi. Tu m’as tué un peu là.

C’est très bref, ça dure une journée. Après, chacun voit midi à sa porte pour revenir, faire plusieurs workshops, assister à plusieurs cours. Le côté autodidacte quoi qu’il en soit va se développer à un moment ou à un autre, parce qu’on a un égo en tant qu’artiste qui est quand même un peu surdimensionné. Et à un moment, si on est trop comme l’autre c’est blessant. Tu vas essayer d’explorer et ton style va s’affiner. Ca ne me fait pas peur en fait.

Comme je suis très basé sur l’émotion, je fais confiance aux gens pour trouver leur propre style.
Et puis même, il y en a qui calquent et qui y arrivent comme ça. Pourquoi pas. Le plus important c’est de faire du son.

 

US: Il me semble que les gens n’accordent plus vraiment de valeur aux morceaux. Les musiques paraissent plus éphémères. Qu’en penses-tu et comment ferais-tu pour lutter contre ça?

 

MKL: Le fait qu’on devienne des déchets du jour au lendemain? (rires). Comme tout ce qui est rare a de la valeur, poster moins ça peut donner de la valeur aux sons. Très bonne ta question.

Et puis créer des univers et essayer de donner la main aux gens pour les y emmener.
Aller à la rencontre des gens dès que l’occasion se présente. Par exemple, si tu découvres un son que tu aimes, que 10 jours après tu rencontres l’artiste, que vous avez partagé cinq minutes de supers moments ensemble, ce son là ne te lâchera jamais.
Tu n’oseras jamais le jeter parce qu’il y a eu quelque chose au-delà du son, il y a eu quelque chose qui s’est ancré dans la réalité.
Répondre aux commentaires aussi ça peut créer de l’engagement.

 

US: Est-ce que tu as des projets à venir?

MKL: Cette année, je veux pouvoir avancer sur mes projets, sur Workshop Study’o, sur mon EP aussi auquel je tiens mais c’est une bataille.
J’envie les gens qui ne se posent pas de questions, qui font de la musique et qui lancent leur EP.

 

US: As-tu quelque chose à rajouter pour la fin?

MKL: Oui absolument, j’ai produit un artiste qui s’appelle Juneï, il est fantastique. Son EP va sortir cette année. On a fait quatre titres pour l’instant, on va en faire un cinquième. J’invite tous les gens à le découvrir. Il y a un autre artiste qui s’appelle Black Doe qui est un génie, pareil je lui fais un big up. Il faut suivre Black Doe, c’est l’avenir.

US: Merci beaucoup.

MKL: Merci à toi.

 

Propos recueillis par Coralie Leroy

 

 

 

 

 

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