joke

On l’attendait, le voilà en physique ou en digital, c’est au choix. Tokyo vient après Kyoto, qui avait déjà fait des émules, et précède un album qui sera certainement disponible courant 2014. L’artiste montpellierain touche la réussite du bout des doigts et c’est bien de ça qu’il a décidé de nous parler dans cet EP. Celui qui disait encore il y a quelques semaines que son but était de se payer un voyage à Tokyo nous a même offert un clip tourné là-bas, Tokyo Narita, que nous avons évidemment relayé sur Union Street.

Joke entre un peu plus dans son personnage, projets après projets, et n’hésites pas à se définir comme « un négro raffiné » dans le titre 501 lunettes Cartier avec l’ex-Arsenik, Lino. Les punchlines agissent sur l’auditeur pour qu’il les retienne, tout comme les refrains qui amèneront certainement le public à pousser la chansonnette en concert. Sûr de lui, le mec lance qu’il « n’a rien à envier à Marivaux, rien à envier à Voltaire » (Louis XIV) et brutalise la langue française à la manière d’un certain boss du rap game.

Elle paraît loin l’époque d’Institubes, lorsque Joke était entouré d’Orgasmic et de Tekilatex pour son premier projet, Prêt pour l’argent.

Cette période n’est pas négligeable et a permis au rappeur de se construire une personnalité, une identité atypique. Jusqu’à la rencontre avec Oumar, de Golden Eye Music, qui a formé une équipe autour du jeune et travaillé son image en profondeur. Une excellente interview de cet entrepreneur du rap français a d’ailleurs été réalisé par nos collègues de l’Abcdrduson.

Le titre MTP Anthem propulse Joke aux yeux du grand public et suite à son concert à La Maroquinerie, qui affichait complet, on entend parler d’une signature chez Def Jam France. Le succès est en marche. Mais aussi le travail, car l’on ne peut s’arrêter aux rimes égocentriques du MC qui a bossé son projet pour en faire une vraie bombe. Quand tu veux vraiment avoir quelque chose tu l’as, c’est ce qu’il nous dit lorsqu’il rappe : « personne n’a d’argent, tout le monde a un iphone » (Intro). Si sa génération est dépressive, peu importe, Joke veut côtoyer les sommets.

Le rap c’est une passion car si il ne rappait pas il serait « déjà à bac+5 » (Tokyo Narita). Juste histoire de nous rappeler qu’il y a du boulot derrière toutes réussites. Et cette réussite passe aussi par des featuring imposants, à l’image du titre Max B, où Joke met enfin en musique son admiration pour le MC new-yorkais qui, malgré son emprisonnement, a posé sa voix sur le titre. Le californien Fashawn, autre gros feat de l’EP, nous offre un couplet mémorable sur le titre Jeune Prince. 

Désormais reconnu par ses pairs et par un certain nombre « d’anciens » qui adhèrent à son délire, le jeune montpellierain trace sa route et réussi à réunir, dans un style qui n’est pourtant pas si accessible. Tout cela n’arrive pas par hasard, et les beatmakers, avec qui Joke collabore étroitement, n’y sont pas pour rien. Blastar, qui fait partie de la même écurie que lui, signe 3 prods sur le projet et pas des moindres (Tokyo Narita, Harajuku, Jeune Prince). Elles semblent faites sur mesure pour le MC, qui ride sur ce mélange de samples et de synthés avec une agilité étonnante. Les beats doivent se marier parfaitement avec la nonchalance de Joke à l’image de Louis XIV produit par le duo Brodinski-Guillaume Brière (moitié du groupe The Shoes) aka Gucci Vump.

Vous l’avez certainement compris, j’ai kiffé Tokyo et ce « néccccrrroooo » me donne envie de bouger la tête, rouler un pet’, et rider ma ville avec une grosse dose d’ambition. Ceux qui sont comme moi ( et je sais que vous êtes nombreux), qui habitent sur Paris et qui aiment le live, vous aurez l’occasion de voir Joke au Pan Piper le 24 juin prochain. Alors courrez prendre vos places! Et si vous n’avez pas encore écouté Tokyo, bah vous savez ce que vous avez à faire.

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