Salim Jawad s’est entretenu avec Wacko, Nick Vinocur et Bigg Meuj, les auteurs et acteurs de CRARI aka “Ca Rime A Rien”. La nouvelle série à suivre pour les cinéphiles et amateurs de hip-hop. Au programme, humour, rap, ambiance déjantée et une pléiade de guests…

Comment vous est venue l’idée de CRARi ? 

Nick) On était en caisse avec Wacko pour un long trajet. On se tapait des barres sur des anecdotes de l’industrie du disque. Wacko m’expliquait comment les types n’ont plus idée de comment promouvoir les artistes. Ils leur disent en gros, fais comme l’autre qui a marché, mais en mieux ! Ça m’a tué. Internet décide de qui marche maintenant. Mais les majors, elles sont toujours là, à vouloir faire autorité…

Bref, on est des grands fans de séries. On aime beaucoup de trucs un peu pince-sans-rire. On trouvait que dans ce milieu du hip-hop, il y avait une mine d’or de situations marrantes à explorer. C’est un milieu où pas mal d’acteurs adoptent des postures très lointaines de ce qu’ils sont dans la vraie vie… C’était le début d’une discussion qui a donné lieu aux premières écritures de Ça Rime À Rien.

Wacko, c’est ton AKA de rappeur dans la vraie vie et aussi le nom que porte le personnage principal de la série, tu as voulu retranscrire ton quotidien ?

Wacko) T’es fou, j’suis pas un bobo moi ! (Rires). Plus sérieusement, même si ça reste de la fiction, c’est clair qu’on s’inspire de nos expériences personnelles. Il y a aussi des anecdotes que d’autres nous ont raconté, car en vrai il y a plus de gens qui me ressemblent dans ce milieu que ce que l’on croit.

Lequel des trucs est le plus proche de ce qui t’est déjà arrivé Wacko ?

W) Le rendez-vous en maison de disque, avec le DA qui est complètement à côté de la plaque. Je pense que c’est une situation dans laquelle pas mal d’artistes peuvent se reconnaître car souvent DAs et Artistes parlent des langages complètement différents…

Wacko tu n’as pas peur que ça nuise à ton image dans le rap ?

W) Non je m’en fous de mon image dans le rap, j’ai plus peur d’être mauvais acteur à la limite…

Vous n’avez pas peur d’être mal perçu par certains du rap qui penseraient que vous vous foutez de la gueule du mouvement ?

Bigg Meuj) Si mais bon…

N) Si ça les inquiète, il faut s’inquiéter pour eux! Tout le monde a besoin de se détendre un peu. On espère plutôt qu’ils vont rigoler en voyant des situations qu’ils ont pu rencontrer et si ça peut créer des discussions autour de l’industrie et de ses craris… Tant mieux ! Pour les autres, c’est une fenêtre sur un milieu qu’ils ne connaissent peut-être pas…

Quand vous avez proposé aux rappeurs qui apparaissent dans la série, comme AP du 113, S.pri Noir ou encore Driver, ils ont réagi comment ? Car le truc tourne grave le rap en dérision…

N) Franchement, la plupart de ceux qu’on a contacté étaient partants ! S.Pri Noir par exemple il a validé le propos de la série, le ton, les choix de réalisation, etc. En général, je pense que beaucoup de rappeurs ont des talents de comédiens qui nedemandent qu’à être exprimés. Avec des mecs comme AP, Driver ou DJ Weedim qui n’ont plus rien à prouver, ça ne pouvait que bien se passer.

Il y a des mecs qui ont refusé de jouer dans CRARi ?

N) Ouais quelques uns. Il y en a même un qui avait accepté de tourner et qui en voyant le résultat a carrément demandé à ce qu’on retire sa scène. Tant pis, on l’aimait bien nous.

Si vous voulez passer un appel à d’autres rappeurs pour venir jouer dans les prochains épisodes c’est maintenant les gars.

BM) Ok bah Quavo, Lil Wayne (j’ai vu qu’il parlait un peu français…)… Alkpote!

N) Alkpote grave ! On a adoré tourner avec des légendes comme AP ou Driver. Ils ont de la bouteille et du recul sur les choses… Ça m’amuserait de voir certaines des autres idoles qu’on avait quand était plus jeunes…

W) …Ol’Kainry, Alpha 5.20 !

N) Exactement Il se passe aussi quelque chose d’intéressant avec les rappeurs de la nouvelle vague qui sont très matrixés, Biffty par exemple. Je suis choqué par la « Souye ». C‘est incroyable ! En plus, je suis sûr qu’il se démerderait bien devant la cam’…

D’ailleurs certains rôles vous ont été inspirés par des personnages que vous avez croisés dans vos différentes carrières ? Toi Bigg Meuj, tu joues le rôle d’un manager véreux. Toi aussi tu es rappeur, c’est le type de mec que tu as déjà croisé ? 

BM) C’est un constat sur la médiocrité de l’industrie française, par rapport à des histoires qu’on connait tous, J’ai jamais vraiment croisé de manager… En France c’est surtout des stagiaires qui s’prennent pour Suge Knight…

Nicholas, tu es journaliste politique dans la vie, mais toi aussi, tu es passé par le rap. Pourquoi ne pas avoir toi aussi endossé le rôle d’un des protagonistes dans la série ?

N) Ah, ben regarde de près et tu m’y verras! Episode 8, j’ai une apparition éclaire façon Scorsese dans Taxi Driver. Mais c’est vrai que je n’ai pas un des rôles principaux, peut-être parce que je préfère l’écriture. On ne peut pas tous être à l’écran en mode héros…

Et pourquoi vous les gars, vous avez décidé de jouer dans la série en plus de la réaliser ? 

BM) Le but c’était pas de se mettre en avant à tout prix, mais vraiment de réaliser nous même un objet le plus pro possible en gardant notre indépendance. Les rôles qu’on s’est donné, c’était les choix les plus judicieux pour nous.  

Une petite anecdote de tournage à nous raconter ?

W) La Smart qu’on voit dans les épisodes c’est vraiment ma voiture. Après la scène où elle se retrouve entièrement recouverte de tags « Franc Maçon ! Bobo de merde ! », j’ai dû rentré avec et je me suis fait arrêter par la Police. Ils m’ont demandé qu’est-ce qui était arrivé et si je voulais porter plainte. Quand je leur ai expliqué la situation, ils ont halluciné. Au final, ils étaient assez cools et il y en avait même un qui était calé niveau rap. Il m’a dit qu’il écoutait Kalash Criminel en ce moment. Du coup, je lui ai filé un de mes CDs mais j’ai vu à sa tête quand il a regardé ma pochette qu’il me prenait un peu pour un fou.

N) J’ai un bon souvenir du passage de AP du 113. On tournait dans la rue, dans le 15è à Paris. Les gens s’arrêtaient, voulaient prendre des photos avec lui. J’ai halluciné, il y avait des mémés qui hurlaient, AP, une photo! Il était royal. Super type, bon comédien en plus.

Vous travaillez sur la suite ? Pour avoir vu la série dans son ensemble, on a envie de savoir ce qui arrive à Wacko une fois que le dernier épisode se termine.

N) La dernière scène de l’épisode 8 appelle clairement la suite… Disons que Wacko va devoir muscler son jeu pour rentrer réellement dans le Rap Game… 

Il y a pas mal de références aux franc-maçons, aux Illuminati dans votre série… Vous êtes du genre complotistes, ou bien?

N) La vérité c’est que le hip-hop est obsédé par les Illuminati, les influences occultes. Il faut faire un tour sur Youtube pour voir tous les types qui prétendent « décrypter » les clips de rappeurs, en révélant les messages subliminaux… Honnêtement, ça nous fait tordre de rire! On voulait montrer ce coté là des choses, l’aspect un peu parano. Plus généralement je pense que la musique, ce qui fait le succès, tout ça est assez mystique et inexplicable. Du coup, il y a de la superstition. Tant mieux ! On fait pas que en parler, d’ailleurs: c’est un des moteurs principaux de l’intrigue.

Vous êtes tous les trois des passionnés de rap, de hip-hop et de musique en général. Qu’est-ce qui vous a marqué dans les récentes sorties de ce début 2017 ?

BM) À quel point Young Thug est la musique à lui tout seul, la sauce du Texas que Drake essaye de voler, 21 Savage

W) L’album de Migos, le clip Wyclef Jean de Young Thug, le livre de DJ Khaled, Lil Yachty (fuck les puristes). 

N) Moi je suis un grand adepte de Kodak Black, son dernier album est lourd ! Et sinon je suis assez obsédé par la Grime et le hip-hop UK. Je trouve que Dave est l’un des talents les plus impressionnants à avoir émergé depuis quelques années. 

Les 8 Épisodes de la série seront projetés le 6 juillet à 21h au 88 Ménilmontant dans le cadre du festival Paris Hip Hop, comment abordez-vous cet événement ?

W) On est super excités de montrer la série à un public qui va la découvrir pour la première fois. Ça va être intéressant de voir si les gens se marrent, et si oui, à quels moments. Dans tous les cas, ça va être un event sympa. Il y a une rencontre avec Cut Killer avant, un apéro après avec Wealstarr qui mixe et peut-être mêmes des showcases live. En plus, c’est gratuit et ça se passe plein air !

Pour conclure, cette série ne serait pas un moyen de dire que c’est le monde du rap qui ne rime à rien ?

N) Non, on adore le rap, on trouve que ça rime à plein de choses. On en écoute H24. On est fans des rappeurs, des plus connus aux plus obscurs. Le titre est une référence à ce qui est drôle et invisible dans le milieu. Comme quand tu fais un couplet qui est naze, ou qui ne rime même pas – un fail. Les clips, les grosses Mercedes et le champagne, c’est très bien mais on ne voit jamais les fails, les moments de déconnade. C’est ça, Ca Rime À Rien !

L’intégralité des épisodes de Ça Rime À Rien, CRARi seront projetés en plein air au 88 Ménilmontant dans le cadre du Festival Paris Hip Hop, le jeudi 6 juillet.

La projection sera précédée :
• d’une encontre avec Cut Killer & Thomas Blondeau (Les Inrocks), animée par YerimSar (Noisey/Mouv’/Abcdrduson) de 18h – 19h30
• d’un Apéro Mix avec un DJSET de WEALSTARR, compositeur du score de la série et entre autres pour Booba, Kaaris, Joke, etc.
• de performances lives des acteurs de CRARi.

88, rue de Ménilmontant
75020 Paris
Entrée Libre, dès 18h

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