Comment est né le projet Near Death Experience?

Benoit Delépine: On avait bossé pendant 1 an et demi sur un film qui se passait sur le Salon de l’Agriculture, on avait tout : le scénario, l’acteur et puis tout s’est effondré. Un feu rouge du patron du Salon je crois… On s’est retrouvés un peu comme des cons mais on avait heureusement une autre idée. On avait lu un fait divers dans la presse régionale, sur un type parti dans la montage pour se suicider, qui finalement n’a pas réussi le premier soir et avait réussi à vivre de cueillettes pendant 5 mois avant de rentrer chez lui ! Un point de départ intéressant pour un scénario mais sans savoir qui allait interpréter le rôle. Tout ça était au moment où Houellebecq était de retour à Paris pour la promo de son recueil de poèmes; on devait déjà travailler avec lui sur Le Grand Soir, on avait écrit un rôle pour lui mais au final il avait refusé à cause de sa dépression…

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Comment s’est passée la rencontre?

On lui a écrit un mail, on l’a rencontré, on lui a raconté une bribe d’histoire et ça lui a plu. Pendant les 2 ans qui ont suivi, on s’est poussés au cul avec Gustave pour écrire ce scénario avec le conseil de Michel en tête : « si vous voulez écrire de la poésie, soyez vrai, décrivez ce que vous avez sur le cœur et ce que vous pensez de la vie ». Le scénario lui a plu et à peine un mois après, on partait en tournage à la montagne sur nos deniers personnels, une équipe réduite…

Vous jouez beaucoup sur l’aspect graphique de vos films. Cette fois-ci on a l’impression que vous avez tourné avec une caméra quasi-amateur, pourquoi ce choix?

Benoit: L’histoire de la caméra est une aventure en soi. J’avais vu un film espagnol El Honor de la Cavaleria d’Albert Serra avec une image magnifique. J’ai e la chance de rencontrer le réalisateur à un festival et j’ai pu lui demander quel type de caméra il avait utilisée ; et là il était plié de rire « c’était une vieille caméra vidéo même plus fabriquée ». J’ai noté toutes les références mais j’arrivais à la trouver nulle part en effet, pas même sur le bon coin c’était horrible ! On avait même acheté une petite caméra mais les essais sur grand écran n’allaient pas. Et un jour, un pote qui voulait tourner un petit film m’appelle : « ta fille avait pas une caméra quand elle était plus jeune ? ». J’appelle donc Zoé qui me dit « ouais, je crois encore avoir ma vielle caméra dans mon armoire » et c’était la caméra que je cherchais depuis 6 mois ! Comme quoi les signes, ça existe…

Gustave : On n’aime pas les caméras Canon, l’image est vraiment trop nette. Et ça me fait chier de faire de la post-production pendant des jours et des jours à rajouter des rouges, des bleus etc… Et en plus on n’aurait pas le budget ! On a fait du Super 8, on a essayé l’iPhone en ayant toujours envie de proposer une image différente de ce que l’on voit au ciné tout en restant simples. Cette image vidéo, k7, très granuleuse nous plaisait beaucoup. Notre but est à chaque fois de proposer au spectateur une expérience différente.

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Le scénario a été écrit à 6 mains après Houellebecq?

Benoit: Houellebecq n’a rien écirt, il ne voulait qu’interpréter et éviter que l’on confonde son job d’auteur et d’acteur. Il a changé des mots par-ci par-là mais pas plus…

On sent un film plus lyrique, moins axé sur le social que vos précédents…

Benoit: C’est surtout qu’on veut pas se répéter!

Gustave: Le début du film est quand même un petit laïus sur le monde du travail qui est une pressurisation des êtres humains. Après notre tacle au libéralisme, on avait davantage de faire part de choses personnelles sur nous, notre société, un certain mal-être existentiel.    Benoit : C’est pas seulement son problème professionnel qui l’amène là. Il a juste l’impression d’être arrivé au bout de son chemin.

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Vous aviez des références pour ce film?

Gustave : Gerry le film de Gus Van Sant pour son côté minimaliste. Et pour les voix-off, on a repensé à Seul Contre Tous de Gaspard Noé. Gaspard avait écrit les textes après le tournage, contrairement à nous.

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Combien de jours de tournage?

Gustave: 9 super jours! Un vrai bonheur, sans aucun stress. Alors si, une difficulté quand même : pas mal d’heures de marche en montagne jusqu’au lieu de tournage. Un tournage magnifique avec un Houellebecq qui n’a jamais râlé.

Benoit : Tout est devenu plus facile quand on s’est rendus compte qu’on avait un acteur extraordinaire capable de mémoriser deux pages de dialogue en les ayant lues 5 minutes avant. Ça enlève une grosse dose de pression !

Et les moyens? On sent une économie et un budget limités

Gustave : Juste nos thunes à nous. On voulait être libre de se planter.

Benoit : On a quand même été obligés à un moment d’aller voir Canal pour une rallonge. On voulait absolument Black Sabbath dans le film mais ça coûtait une blinde

Gustave : 30000 euros le morceau quand même…

Benoit : Et comme on avait vraiment fait chanter Black Sabbath dans le film, on n’avait pas le choix. Heureusement, Canal a adoré.

On sent une grande place laissée au silence. Davantage qu’un monologue, le film donne l’impression d’un dialogue entre silence et voix-off…

Gustave : Ça fait du bien de voir des films où le silence tient une certaine place, la nature aussi. C’est un risque à prendre à chaque fois.

Il y a quelques années, très longtemps en fait, tu disais Benoit avoir toujours envie d’être du côté du mauvais goût, comme réaction à l’establishment. Tu penses que c’est toujours le cas aujourd’hui?

Benoit: Depuis Groland, on s’est toujours autorisé des accès de mauvais goût. C’est ce que nous a dit Michel hier encore : la vérité n’est pas de bon goût. Une copine vient de me dire « ma mère m’a quittée » mais non elle t’a pas quitté : ta mère est morte quoi ! Il faut le dire, dire le putain de mot: morte ! Il y a parfois une forme de mauvais goût dans cette vérité ; comme la fin du film par exemple et le générique en noir total. Les chaines vont criser, ils vont rien pouvoir faire, ni savoir quand l’arrêter !

Gustave : Peut-être que ce que les autres considèrent de mauvais goût, c’est notre bon goût à nous ! Et inversement! (rires)

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