© Lea Schiavo

Situé dans une petite rue calme du 18ème arrondissement de Paris, c’est dans un espace pluridisciplinaire dédié au hip-hop que nous retrouvons David Delaplace. Le jeune homme à la barbe bien taillée et aux yeux clairs perçants nous accueille tout sourire dans le studio qu’il partage avec Koria, autre photographe bien connu du rap français. Au cours de l’entretien on croise Deen Burbigo, qui a installé le studio de son label, Maison Grand Cru, au sous-sol, mais aussi Jehkyll ou encore Veust qui s’arrêtent dire bonjour.

Quelques jours avant la sortie du livre Le Visage du rap, David Delaplace semble détendu et nous fait part de son goût pour le travail dans l’urgence : «J’aime bien attendre la dernière minute, quand je n’ai plus trop le temps» avoue-t-il. Chez lui le travail reste «secondaire » comparé à sa vie de tous les jours «ma fille, mes potes et faire un peu de sport».

Pourtant, l’expérience qu’il propose dans son livre est le fruit de nombreuses heures de travail, d’une détermination sans faille et d’un investissement personnel conséquent qui lui offre aujourd’hui «une carte de visite de 300 pages» où il avoue ne pas être gagnant financièrement : «j’en investi plus que j’en gagne» mais qu’importe, l’aventure humaine n’a pas de prix. Et pour cause, David a créé une vraie communauté autour de ce projet ambitieux qui était de mettre l’histoire du rap français en images, des années 80 à aujourd’hui, ressuscitant les pionniers du mouvement de l’hexagone, «parler de pleins d’artistes oubliés» dont certains ont fait «leur premier shooting avec moi» confesse-t-il.

Dur pour la nouvelle génération d’imaginer un rap sans images, un rap qui s’écoutait simplement, qui était rare et difficile d’accès. En mettant tous ces visages sur un même pied d’égalité, le jeune photographe a fait un livre «à l’image d’un peuple», mettant de côté ses goûts personnels : «ça n’est pas moi qui ai fait l’histoire du rap» nous dit-il lucidement. Fruit de son époque, David aime les réseaux sociaux et s’en sert avec facilité, il «s’en amuse et joue avec» et a lancé une campagne de financement participatif via la plateforme Ulule en demandant 8 000€ pour financer une partie de l’impression des livres. Alors que les professionnels de la plateforme lui disaient que 8 000€ «ça fait beaucoup», il regrette aujourd’hui d’avoir minimisé les coûts d’une campagne qui a permis de finalement récolter plus de 10 000€ en seulement 8 jours. Certains rappeurs ont contribué à leur manière : Rim-k a participé financièrement et un selfie avec Booba sur son compte instagram lui a permis de gagner 2500 followers d’un coup, étendant ainsi sa communauté.

Dans sa manière de travailler, David a tenu à rester authentique en se mettant à la disposition des artistes qu’il photographiait, allant «là où on me demandait de venir» et en se forçant «à ne pas se renseigner sur les rappeurs» qu’il ne connaissait pas. Il aime l’inattendu et nous avoue y aller souvent au culot au point de se mettre parfois «dans la merde», prenant simplement un petit appareil, «mon Fuji», pour se rendre au shooting.

« Toutes les photos n’ont pas été faites pour le projet » avoue-t-il et pour cause, il n’aurait jamais imaginé que ce rêve imaginé en 2014 devienne réalité sous la forme d’un « livre de 4 kg, vraiment balèze ». Un deal avec la maison d’édition Ramsay lui a permis d’en faire un bel objet et le travail avec l’éditeur de respecter la chronologie et la disposition des photos pour offrir une lecture agréable et optimale au public.

Quand on lui parle de la suite, David nous rappelle que « tout commence » avec la sortie du livre : « l’idée est d’aller dans toutes les villes » et partir à la rencontre des gens, leur présenter le projet. Une exposition est déjà prévu en Belgique, « une semaine à Bruxelles », Morlaix en novembre et Paris « à la rentrée 2018 » sans qu’il daigne nous lâcher une date. Surprise donc.

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