Lost River

Ryan Gosling, l’acteur canadien à la gueule d’ange et à la mèche rebelle, véritable star des mèmes, se lance aujourd’hui dans le vide en dévoilant sa toute première réalisation : Lost River. Couteau-suisse à la fois acteur, producteur, musicien, compositeur et maintenant réalisateur-scénariste, Ryan Gosling sait-il vraiment tout faire ?

En s’entourant d’un casting au poil (Christina Hendricks, Saoirse Ronan, Reda Kateb, Eva Mendes…) et du directeur photo de Spring Breakers (le belge Benoît Debie), Ryan Gosling a judicieusement choisi son équipe pour ce premier film. Un premier passage derrière la caméra remarqué lors du dernier festival de Cannes pour l’acteur dont la simple image suffit d’ordinaire à faire chavirer les cœurs.

Épinglé sex-symbol à l’instar d’un jeune Brad Pitt, Ryan Gosling, dont la moue boudeuse et les tatouages ont fait le tour du monde, a pourtant toujours su éviter de s’enterrer dans des rôles sans saveur. Avec une préférence assumée pour des personnages sombres, impassibles et un cinéma plus indépendant, l’acteur vu dans Blue Valentine, The Place Beyond The Pines, Drive ou encore Only God forgives compte bien avec Lost River dévoiler davantage de son identité.

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Crédit photo : Lost River / The Jokers Films

Lost River aura alors de quoi déconcerter les moins avertis et saura conforter les autres sur le potentiel de l’acteur reconverti. Avec cette réalisation, Ryan Gosling impose sa vision d’un monde en décomposition sans prendre la peine d’arrondir les angles. L’apprenti cinéaste prend tout son temps, quitte à frôler l’ennui, mais s’empare avec style des façades décrépies de la banlieue de Détroit pour en explorer les profondeurs. C’est alors dans ces décors de ville fantôme qu’il installe avec soin son conte moderne résolument noir et, sans surprise, peu bavard.

L’histoire tient en quelques lignes : Billy (Christina Hendricks), une mère célibataire, est contrainte de se trouver un job pour garder sa famille hors de l’eau. Son fils aîné, Bones (Iain De Caestecker) lui apporte son aide comme il le peut et entend briser la supposée malédiction qui s’abat sur la ville de Lost River.

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Crédit photo : Lost River / The Jokers Films

Des protagonistes aux faux airs de derniers hommes sur Terre, un chaos qui n’est jamais loin et des eaux qui stagnent. Rien de bien joyeux se profile à l’horizon pour cette poignée de survivants, refusant de fuir une ville morne et dangereuse. Entre références (de Lynch aux Goonies) et bonnes idées, Ryan Gosling étale ses bagages et laisse entrevoir une belle graine de cinéaste. Son regard latent et acerbe dépeint nos pires cauchemars avec grâce. Lost River s’éveille dans une ambiance moite où tout s’embrase trop facilement, un monde déserté, halluciné, hypnotique où seuls les plus solides font la loi.

Onirique, macabre, obsessionnel, impulsif et contemplatif, Lost River revêt de très nombreuses couleurs. Un grand foutoir où angoisses, frayeurs, perversité et ennui trouvent juste place. Ryan Gosling ne nous épargne guère, profitant de l’exercice pour s’amuser avec nos émotions, jouer d’une B.O enivrante (dont il signe quelques titres), placer sa caméra dans les moindres recoins et apposer une petite patte prometteuse.

Celui qui a fait ses armes enfant au Mickey Mouse Club prouve avec ce premier film qu’il n’est pas qu’une belle gueule, l’âge affirmant ses multiples talents, Ryan Gosling peut même se permettre aujourd’hui de se la jouer Walt Disney des bas-fonds. Et on avoue qu’on le préfère sur ce terrain là, alors, à quand la suite Ryan ?

Lost River de Ryan Gosling, en salle dès le 8 avril 2015.

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