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Camiel Borgman, vagabond mystérieux, va trouver refuge, non sans peine, chez un couple. A partir de là, la vie de cette famille va basculer.

Sélectionné au festival de Cannes cette année, le film a eu le droit à une critique mitigée, certains criant au génie, d’autres à l’humour noir de mauvais goût.
Mais que l’on aime ou non le film, on ne peut nier que Borgman soit extrêmement riche en références religieuses et littéraires, créant un véritable conte contemporain surréaliste.

La toute première phrase du film, sur fond noir, annonce déjà une approche biblique du sujet : « Et ils descendirent sur terre pour renforcer leurs rangs. »
Cette sentence, prophétique, augure la suite du récit.

La première scène nous permet de découvrir Camiel Borgman, personnage miséreux, vivant littéralement sous-terre avec quelques compagnons, pourchassé par deux villageois et un prêtre, armés d’un fusil. Comment ne pas voir ici une référence religieuse, le prêtre voulant chasser ces “démons venus des Enfers” ?
Après être parvenu à les semer, il aterrit dans une banlieue chic hollandaise où il demande l’hospitalité aux premiers résidents qu’il croise.
Malheureusement il est violement chassé de la dernière demeure à grands coups de poings et de bâtons. Cette scène, quand à elle, évoque le pêché de Sodome, la transgression des traditions de l’hospitalité.

Ainsi, le démon devient martyr. A partir de cet instant, les rôles ne vont cesser de changer tout au long du film. Le maître de maison, d’abord brute égoïste et agressive, devient peu à peu victime de Borgman. Car oui, Camiel parviendra à se faire une place dans cette famille, en se faisant passer pour un jardinier tombant « à point nommé” (il aura pour cela pris soin de tuer le précédent jardinier ainsi que toute sa famille). Il change par la même occasion d’apparence, passant du vagabond crasseux au jardinier séduisant, obtenant ainsi la confiance du père de famille qui ne le reconnaît pas. Ironie du sort, il finira par le tuer en demandant à la fille de ce dernier de lui apporter un verre de vin empoisonné. Cette petite fille se nomme Isolde, comme dans l’Opéra de Wagner inspiré du conte celtique de Tristan et Iseut, et c’est elle qui donnera le baiser de mort à son père.

Oui, Borgman est un démon. C’est peut-être même le diable en personne. Il vous fait pitié, vous séduit (la maîtresse de maison tombe éperduement amoureuse de lui), mais au fond il n’est là que pour s’amuser. Il le dit lui-même : “je suis jardinier. Et je m’amuse dans ce rôle.” Accompagné de quelques-uns de ses semblables, il tue, pragmatique, lorsque sa situation est compromise. Il assassine toute la famille de la maisonnée, n’épargnant (en quelque sorte) que les enfants, qu’il lobotomise en leur laissant une mystérieuse cicatrice dans la dos (la marque du Diable ?).
Il finira par repartir dans la forêt avec ses paires et ces enfants, ces disciples qui “renforceront ses rangs”.

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Le film a le mérite d’être servi par un casting éclatant, avec notamment dans le rôle de Camiel Borgman, Jan Bijvoet, déjà vu en second rôle dans l’excellent Alabama Monroe sorti cette année.

Attention à ceux qui feront le parallèle avec Funny Games d’Haneke. Excepté quelques points communs sur la forme (des individus mystérieux viennent chambouler la vie d’un couple et de leur enfant), le fond est totalement différent. Ne serait-ce que sur l’approche de la violence : tandis que Funny Games montre la violence comme phénomène pur et naturel, et qu’elle y occupe une place primordiale, Camiel Borgman lui, tue (avec un certain pragmatisme certes), par nécessité, et non sans humour. La violence n’est ici qu’un moyen.

Ange persécuté puis Démon devastateur (voir toute la symbolique autour du chien dans le film, animal saint ou sale selon les croyances), Borgman s’amuse à nous perdre dans cette histoire surréaliste qui laisse beaucoup de questions en suspens.

A l’instar de son personnage, Borgman nous laisse perplexe, méfiant, et pourtant il fascine.

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