Aladin 135

Nous avons rencontré Aladin 135 juste avant son show au Pan Piper qui affichait déjà complet. A trois bonnes heures du début des hostilités, plusieurs groupes de jeunes filles étaient déjà agglutinés devant la salle, prêtes à acclamer leur champion. Le jeune pousse du rap parisien nous recevait avec son équipe du Panama Bende et nous avons évoqué avec lui son parcours, la sortie de sa dernière mixtape ainsi que les projets à venir, le tout parsemé d’anecdotes de son acolyte Ormaz, pour un entretien clair et lucide où l’on est rentré dans la tête de la génération 2.0.

 

US : Salut Aladin, tu joues ce soir au Pan Piper, comment te sens-tu avant le show ?

Aladin : Je me sens prêt, serein, je suis avec mon équipe du Panama Bende, il y a Ormaz, PLK, Lesram, … . Tout le monde va monter sur scène, c’est un show coupé en deux, tu as du Aladin 135 au début puis une grosse partie Panama Bende puis après tout va s’entremêlera.

US : Tu as acquis une certaine notoriété et un succès d’estime dans le paysage rap français en un peu plus d’un an. Comment est ce que tu le vis et comment est ce que tu expliques cette ascension fulgurante ?

A : Je le vis très bien car je suis quelqu’un de naturellement serein et de naturellement calme, c’est vrai que tout est allé assez vite mais on est des personnes qui se remettent régulièrement en question. On passe pas notre temps à nous concentrer sur l’augmentation du nombre de followers, dans le sens où on est vraiment concentrer sur notre musique et on est souvent entre nous pour travailler . Chacun gère un peu son buzz ou sa notoriété de son côté mais quand on est ensemble on ne s’occupe vraiment pas de ça…

US : Je disais ça dans le sens où tu remplis le Pan Piper aujourd’hui avec ton équipe alors qu’on ne te connaissait pas vraiment il y a un an… Vous avez aussi fait la première partie du S-Crew au Bataclan…

Ormaz : Oui c’est vrai qu’il y a eu une première partie aussi avec Georgio où l’on est monté avec Aladin sur scène donc oui c’est sûr que l’on peut parler d’ascension rapide…

Aladin : Il y a  tout juste un an ouais… Et dans un an on espère que je ferais la Cigale.

 

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« …C’est un peu comme le journal 20 minutes tu vois, ils sont gratuits mais à côté ils se font de l’argent avec la pub… C’est la même façon d’opérer en terme de marketing… »

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US : Tu as sorti « A Peine Majeur » en payant et une nouvelle mixtape gratuite « Addictions » il y a peu de temps. Pourquoi ce choix ?

A : J’estimais que ma musique devait encore se développer à travers la France et que je n’étais pas prêt pour sortir du payant car je vise autre chose… Je préfère acquérir une certaine notoriété en balançant du gratuit et en offrant ma musique aux gens et à côté de ça gagner de l’argent autrement.

C’est un peu comme le journal 20 minutes tu vois, ils sont gratuits mais à côté ils se font de l’argent avec la pub c’est la même façon d’opérer en terme de marketing. Je voulais vraiment qu’on puisse écouter ma musique librement mais qu’il y ait un univers autour. J’estime que c’est plus riche : il n’y a pas seulement la musique, il y a vraiment un univers autour d’Aladin 135 et du Panama Bende.

US : C’est très cain-ri de faire ça justement : sortir des mixtapes gratuites pour augmenter sa notoriété et ensuite sortir un album payant lorsque les gens sont prêts.

Ormaz : Il vaut mieux prendre son temps c’est clair, on est pas pressé…

Aladin :  On est patient parce qu’on veut vraiment faire les choses bien, on veut pas avoir de regret dans l’avenir, c’est notre vie et on en a qu’une.

US : Dans ton dernier projet, tu parles beaucoup de ton choix définitif de faire du rap ta vie et vice versa. Quand est ce que c’est réellement devenu sérieux pour toi ?

A : Ma vie a changé, je suis un rappeur assez introspectif tu sais et c’est vrai que quand ma vie change ça se ressent automatiquement dans mes textes. Tout ça est très immatériel je peux pas vraiment te dire quand est ce que j’ai décidé, quand je regardais mes followers, que j’en ai 600 ou 10 000, tant que je ne les ai pas devant moi je peux pas vraiment me rendre compte.

 

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« …Mon texte c’est le reflet de mon humeur :  je ne suis pas un rappeur QUE énervé ou QUE gentil ou QUE triste… »

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US : Dans tes lyrics et malgré ton jeune âge on sent que tu as un regard assez mature sur la jeunesse, parfois aussi assez fataliste et mélancolique . D’où est ce que ça vient selon toi ?

A : Je suis quelqu’un qui ne parle pas trop dans la vie… Mon texte c’est le reflet de mon humeur :  je ne suis pas un rappeur QUE énervé ou QUE gentil ou un rappeur QUE triste. Quand j’ai écrit « Fermes les yeux » par exemple j’étais vraiment dans l’atmosphère du morceau…

US : Ce que je veux dire c’est que même sur des prods plus « banger » on ressent ce truc là…

A : Ouais parce que justement ma voix c’est aussi l’univers Aladin 135, c’est ça qui me permet de jouer avec différents types de flows. C’est vrai qu’à l’écoute de ma voix tu te diras toujours que c’est du Aladin 135. Et sur ce que tu disais par rapport au banger , justement je pense que même si tu fais un gros son trap c’est important de mettre un bon refrain et des bonnes lyrics.

Quand toute la vague trap et instrus lentes est arrivée il y a beaucoup de rappeurs qui écrivaient super bien avant et qui sont partis en couille à parler de zgeg etc…

Après chacun sa façon de voir la musique, il y en a pour qui ça va être vraiment un banger pour s’enjailler sans forcément de fond, en parlant de choses un peu futiles. Moi c’est pas ma vision des choses mais après je respectes toutes les démarches hein…

US : Sur ces deux projets tu as deux gros feats avec Nekfeu et Georgio. Est ce que tu peux nous parler de ces connexions ?

A : Georgio était proche d’amis à moi et puis on a un univers en commun, c’est un gars que j’aime bien. On avait fait un premier son mais la prod lui plaisait pas, il voulait changer de texte et puis on lui a proposé la prod du morceau que tu as entendu qui lui a plu directement. Nekfeu on le connaît depuis un moment et ça faisait longtemps que je voulais faire un morceau avec lui….

Ormaz : Il nous donne beaucoup de force d’ailleurs…

US : On te sent d’ailleurs assez proche du collectif l’Entourage (on t’aperçois dans leur clip ou leur freestyle et ils te soutiennent régulièrement sur leur réseaux). Qu’est ce qu’ils t’ont apporté ?

A : Au delà du rappeur, c’est vrai que Nekfeu est un exemple d’humilité pour nous et c’est vraiment important pour des très jeunes rappeurs qui arrivent tout  juste. C’est vrai que des fois personnellement mon ego peut un peu dépasser les limites. Quand je vois Nek’ et sa façon d’être, je me dis qu’il a 20 fois plus de followers que moi mais que à coté il est 20 fois plus naturel que moi, donc ça remet un peu en place.

C’est quelqu’un que je respecte beaucoup, je l’ai invité sur le projet et il a répondu présent directement, on est allé en studio 2 3 fois et voilà quoi! On est a 280 000 vues sur le morceau donc je suis vraiment content ouais.

Et même en terme de base fans il nous a apporté une certaine stabilité, on avait déjà des fans et des 100 000 vues sur certaines vidéos mais c’est vrai que c’est différents d’avoir des gens qui te suivent vraiment.

Ormaz : Au début on était vraiment tout seul, on galèrait pour les studs, ils nous ont débloqué quelques places etc…C’est vraiment des bonnes personnes ils nous tirent vers le haut.

A : Et puis c’est important de voir ça, pas en mode voyeurisme ou quoi mais tu veux voir comment ça se passe, comment eux ils taffent et ça te motive forcément…

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« …Je ne me sens pas encore assez installé dans la rap pour aller en maison de disque, il faut attendre de pouvoir être bien accueilli… »

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US : Il me semble que tu as crée ta structure indé pour défendre tes projets. Pourquoi ce choix et qu’est ce que ça t’apporte de plus ?

A : J’avais pas envie de me précipiter, de me casser les jambes directement, qu’on m’oppresse ou quoi… J’ai vraiment besoin de toucher le truc directement et c’est vrai que si la personne avec qui je travaille n’est pas avec moi tout le temps et qu’il y a quelque chose qui m’échappe ça le fait pas… J’ai un tempérament où j’ai aussi besoin de tout contrôler au delà du fait que je suis jeune et que je n’ai pas envie d’aller en maison de disque ou que je connais un tel ou un tel dans le rap.

Je ne me sens pas encore assez installé dans la rap pour aller en maison de disque, il faut attendre de pouvoir être bien accueilli. Pour le moment j’estime que je suis un grand garçon et que ce que je fais est assez organisé, si un jour je sens que ça stagne on verra mais pour le moment on a pas besoin de ça.

US : Tu parles beaucoup de Paris dans tes textes. La ville et le paysage urbain sont des vrais sources d’inspirations pour toi ?

A : C’est vrai que ce thème d’être dehors pour rapper nous rassemble, on a vécu pleins de choses, on en a des souvenirs. Au début le rap c’était pas rapper dans de bonnes conditions devant 600 personnes, c’était dehors de jour ou de nuit, il faisait froid, mais maintenant je me dis qu’on a quand même fait un peu de chemin.

On a beaucoup travaillé, c’est vrai que les gens pensent souvent que tout ça est très simple mais on a passé pas mal d’heures seul devant notre feuille, on a fait des sacrifices, des concessions et ça nous a enlevé des choses même si ça nous en a donné beaucoup. ça commence à me le rendre à moi, Panama pas encore mais je sais que ça va venir pour tout le monde, je suis confiant.

https://www.youtube.com/watch?v=gScUKjettTU

 

 

US :  Qu’est ce que c’est la prochaine étape pour toi ? Des scènes, d’autres mixtapes, un album ?

A : A partir de la rentrée 2015 on a déjà deux dates à Annecy et à Nantes et pour la suite en terme de son je vais vraiment me concentrer avec mon Panama Bende et je sortirais des sons que j’estime être des gros sons, sortir des clips avec Panama…

US : Justement au niveau des visuels, pour le moment c’était assez simple au niveau de la qualité d’image, est ce que tu/vous avez envie de passer une autre étape à ce niveau là ?

A : J’ai vraiment pas honte de le dire : mes clips et nos clips en général sont moyens pour le moment même si certains d’entre eux passent à la télé. Je suis quelqu’un d’assez perfectionniste donc forcément je vise le meilleur.

Ceci dit, si on avait fait de gros clips directement on aurait pas pu redescendre en-dessous en terme de qualité… Il faut aussi avoir le bon son pour faire vraiment un clip dans lequel on va vraiment s’investir, on ne veut pas cramer les étapes tout simplement.

Propos recueillis par David Dupoirieux

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