C’est toujours émouvant d’assister à la naissance d’un cinéaste qui risque de faire parler de lui – ou d’elle en l’occurrence – dans les prochaines années. Premier long-métrage de July Jung, A Girl at my Door est un savant mélange entre la violence d’une chronique sociale et la délicatesse d’une mise en scène laissant place à l’imprévu de la nature.

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Young-Nam, jeune commissaire de Séoul, est mutée d’office dans un village de Corée. Elle se retrouve confrontée au monde rural avec ses habitudes, ses préjugés et ses secrets. Elle croise une jeune fille, Dohee dont le comportement singulier et solitaire l’intrigue. Une nuit, celle-ci se réfugie chez elle…

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La première force de A Girl at My Door est tout d’abord son casting. A la production, Lee Chang-Dong déjà derrière Poetry qui repère July Jung sur les bancs de l’université pendant un concours de scénario. Ensuite, Doona Bae, la superstar du cinéma coréen qui reçut le scénario par mail sur le tournage de Cloud Atlas des Wachowski, impeccable en commissaire exilée et solitaire. Enfin, Kim Sae-Ron (que l’on a aperçue dans Une Vie toute neuve), parfaite dans son rôle de jeune fille timide, maladroite mais qui recèle en elle une violence et un penchant pour la manipulation des plus alarmants. Dès sa première apparition, presque fantomatique, Dohee se présente comme un personnage instable, insaisissable et fuyant, dont la véritable nature ne saurait être aisément révélée. Très vite, l’officier de police prend la jeune ado sous son aile, cette dernière devenant plus que sa simple protégée – qui fuit un père sur lequel il faudra forcément revenir – mais son alter ego, son double voire son âme.

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Young-Nam n’est plus un personnage unique entourée de fantômes comme le suggérait le début du film, l’arrivée de la jeune Do-Hee basculant la centralité du personnage dans un remodelage narratif angoissant mais captivant, chaque scène brisant les certitudes du spectateur sur la candeur de la jeune fille. Des certitudes qui continuent d’aveugler la commissaire…

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Mais c’est définitivement l’entrée en scène progressive du père adoptif de Dohee qui fait voler en éclat l’osmose entre les deux femmes en représentant l’altérité à tous les points de vue face à ce duo ambigu et pour certains, malsain voire contre-nature. Ce père – génialement interprété par Song Sae-Buyk que l’on voit dans Mother – est un salaud: il boit, il frappe sa fille, il exploite des clandestins mais on reste quand même ému devant sa détresse, sa solitude autant que l’on est agacé et choqué par son amoralité.

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Le film de July Jung ne tombe pas dans l’étude de genre ou bien le polar engagé et militant et c’est sa seconde force. A Girl at My door aborde beaucoup de thèmes, trop même mais parvient à maintenir une cohérence narrative grâce notamment aux personnages, qui sont la réelle structure d’un récit énoncé à la manière d’un poème.

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Poèsie. C’est bien de cela qu’il s’agit lorsque l’on voit A Girl at My Door. Certes, le film n’est pas parfait, on sent dans quelques plans une certaine insuffisance technique (sûrement sur à une équipe jeune et un budget réduit) que l’on observe particulièrement dans les scènes de nuit. Malgré cela, en voyant le film, on se dit que la jeune July Jung maitrise le wide shot comme le close up dans une mise scène tout en nuances et en douceur, quasi-sensuelle où chaque plan est tiré au paroxysme de sa puissance d’imaginaire. On pense à Kelly Reichardt,  réalisatrice du récent Night Moves avec Jesse Eisenberg, cette nouvelle paysagiste de l’Amérique contemporaine que July Jung ne connaissait même pas. Comme quoi…

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A girl at my door est un premier film de haute volée, éblouissant par ses qualités et touchant malgré ses défauts. C’est surtout la promesse de l’émergence d’une cinéaste, à suivre de près…

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